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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 22:03
fascination auto

« L'homme du monde occidental est un homme fasciné par la technique moderne ».

Jacques Ellul, Le bluff technologique, 1988, p.383.



Les « salons » de l’automobile ont cela de particulier qu'ils sont des occasions de célébrer en fanfare la grande messe de l'automobile. Il est certes question de vendre des véhicules mais de les vendre dans un cadre qui sort de l'ordinaire. Dans cette réserve protégée que sont les salons, la voiture est érigée en objet d’art. Placée sur un piédestal devant lequel les humains défilent, elle offre cependant une grande accessibilité. En relatant mon expérience du salon Auto/Moto, je me propose dans cet article de faire état de quelques tendances observées et de souligner la place qu’occupe l’automobile dans nos sociétés et notamment la fascination qu’elle exerce.


Ambiance générale : vers la fin du « bling bling » automobile ?

Aujourd’hui désignée comme source de problèmes, l’automobile se trouve dans les salons-expositions mise à l’honneur, retrouvant de sa superbe au travers d’un espace dédié sans les affres de la cohabitation et de la mobilité. Voyons comment s’opère cette mise en scène de cet objet de consommation qu’est l’automobile.

En arpentant les allées du salon, les sens sont très sollicités, qu’il s’agisse de la vue, du toucher, l’ouïe ou de l’odorat. La vue apparaît comme le sens majoritairement mobilisé pour appréhender cet objet mais ce n’est pas le seul. L’esthétique d’un véhicule s’évalue à l’aune de ce qu’il dégage à partir de la perception visuelle qu’il s’agisse de la carrosserie, des lignes d’ensemble ou de la présentation intérieure. Pour mettre en valeur le produit, un soin particulier est apporté au décor dans lequel prend place la voiture. L'éclairage est une composante majeure dans la présentation des voitures, plus immaculées et étincelantes que jamais. Elles sont agrémentées de plantes vertes chez beaucoup de constructeurs (Mercedes), de blanc (Peugeot), d’arc en ciel (Suzuki).

L’odorat n’est pas en reste, même si les voitures restent immobiles et ne sentent pas la mécanique (huile, carburant, gaz d’échappements). L’odeur que l’on sent est celle de l’habitacle et de ses plastiques en particulier. Ce serait cela l’odeur du neuf ! De quoi réfléchir avant d’acheter. Une odeur si forte que l’on a envie de rouler les vitres ouvertes en plein hiver. Si bien qu’un constructeur a lancé un label assurant que les plastiques utilisés étaient non dangereux.

L’ouïe est mobilisée dès que l’on ouvre la portière, avec la poignée et le claquement de la porte qui font l’objet de recherches dans les laboratoires des constructeurs. Il faut que les bruits apportent un côté rassurant au conducteur.

Quant au toucher, il est mis à l’œuvre s’agissant de jauger la qualité des plastiques intérieurs ou de la douceur de la carrosserie. Par contre, ce serait une mauvaise idée que de toucher les pneumatiques qui ont du cirage noir pour qu’ils soient reluisants. Je n'oublie pas les stands de vente de lustrant pour choyer « titine » qui proposent un lustrant hi tech à base de silicone et de téflon pour un brillant éclatant. Signalons que le vendeur n'a pas eu de mal à faire reluire une Mercedes déjà toute brillante que seul le lustrant vient tâcher. J'aimerai bien qu'il nous fasse une démo sur la vieille Citroën qui sert d'illustration sur la restauration de véhicules anciens, voir si cela ravive les couleurs vraiment passées. Il ne manque pas de solliciter le toucher de la foule en les invitant à « caresser » le capot ainsi lustré. Tout cela en deviendrait presque érotique.


Si les constructeurs rivalisent d’audace et d’artifices pour rendre désirables ses machines étincelantes, il n’en reste pas moins que celles-ci restent sans vie. C’est qu’il y a quelque chose de lassant voire de frustrant à regarder ses voitures et à s’installer successivement à bord lorsque l’on n’est pas acheteur. Déjà, parlant d’auto-mobile, il faut bien dire que cela ne bouge pas beaucoup. Pas un moteur ne tourne ou ne gronde, quelques capots ouverts laissent voir la mécanique de ces bijous technologiques. Pour les visiteurs, ces voitures qui ne tournent pas, qui ne sentent pas la mécanique, évoquent-elles encore l’idée de mouvement ? Il est toujours possible d’essayer les véhicules mais combien sont ceux qui le font en dehors d’un achat en perspective.


La présentation générale de ce salon 2009 m’est apparue assez sobre en comparaison avec l’année 2007 où j’y avais été. Cette année pas de défilé de mode, pas de conférences. Cette sobriété n’empêche en rien quelques petits apéros organisés sur les stands des constructeurs à l’attention du public ou entre vendeurs Il faut bien fêter les affaires et choyer les visiteurs ! Il y a aussi celui du cercle T, l’association d’automobiles et motocyclette d’époque !


Vers une automobile techno-écologique ?

Objet de consommation qui s’est démocratisé, la voiture n’est pourtant toujours pas un produit standard malgré la rationalisation de sa production. Sous le même toit du parc des Expositions, la voiture ordinaire côtoie la voiture plus sportive. Il y en a pour tous les goûts, toutes les bourses, toutes les envies ou besoins. Et l’on peut être frappé par le décalage entre la voiture du peuple et celle des gens de l’élite. Entendu dans les allées : « ben c’est pas donné 13.000 euros ». Oui, pas évident de trouver une bagnole pour moins de 15.000 euros.


La technologie est toujours sous jacente dans la pléthore d'équipements et d'options disponibles, rendant possible des merveilles comme des gadgets. Parmi les équipements les plus remarqués, je retiens la suppression du frein à main traditionnel sur les modèles 3008 et 5008 de Peugeot ainsi que l’introduction de l’affichage tête haute d’informations. Plus surprenant, le toit solaire de la nouvelle Prius. Véritable OVNI dans le paysage automobile que cette voiture, elle propose un tableau de bord tout droit sorti d’un avion. De plus en plus, la planche de bord intègre une sacrée console informatique de suivi des modes de motorisations (électrique et thermique).


Plus responsable l’industrie automobile face à l’écologie ? Pas si sûre au regard des motorisations mais à n’en pas douter, elle s’adapte à l’air du temps. Sans que l’on puisse réduire cette démarche à de la communication versant dans le « green washing », les constructeurs contribuent à donner un meilleur bilan énergétique aux véhicules mais dans une fuite en avant ils proposent toujours plus de véhicules puissants, indéniablement et inutilement plus voraces. De toutes façons, au minimum il n’y a pas de voiture écologique sans technologies avancées de contrôle du moteur.


Signe des temps, en cette période de relance du secteur automobile sous perfusion de prime gouvernementale et de sensibilité croissante à l’impact écologique de l’automobile, les acheteurs potentiels scrutent les affiches afin de dénicher la voiture sujette au maximum de reprise. Ainsi voici l’échange en substance que j’ai eu avec une dame qui se tourne vers moi alors que je regarde le panonceau descriptif de la nouvelle Citroën C3.:

« Dame : pff, ça a en fait des choses à regarder pour acheter une voiture.

Moi : ah oui, la consommation

Dame : non, les émissions de dioxyde de carbone »


Ben oui, les rejets du fameux gaz à effet de serre, ce satané CO2 ! Une voiture qui rejette moins de 130 grammes de CO2/Km ouvre droit à une déduction de la prime de l’Etat pouvant aller de 200 euros à 1000 euros ou au contraire un malus pour les plus polluantes. Comment n’y avais-je pas pensé dans l’achat d’une voiture ? En temps de crise, 700 euros de l’Etat c’est pas mal sur une voiture à 15.000 euros ! Aussi apprend t-on que les ventes de véhicules neufs ont progressé de près de 48% en novembre 20091. Cela n’aura rien d’étonnant, dans les allées du salon, on voit nombre de véhicules affichant la mention ‘Vendu’ et de clients en discussion dans l’arrière stand.


Les écrans sont maintenant omniprésents dans les habitacles automobiles, qu’il s’agisse des informations de base sur l’automobile qu’au niveau du poste audio, des réglages d’air conditionné, et sans parler du GPS. A-t-on vraiment encore le temps de regarder devant soi et derrière soi au moment où Citroën nous sort un C3 « Visio Drive » ouvert sur l’extérieur avec ces grandes parois vitrées ?


Un petit brin de nostalgie.

Toujours tournée vers l’avant, l'automobile n'oublie pas pour autant son passé et ne manque pas de célébrer ses « ancêtres » lors de rétrospectives. Cette année étant consacrée aux 90 ans de Citroën. Brillantes comme un sous neuf, ces voitures rivalisent avec l'éclat de leurs voisines plus récentes. Souvent remises à neuf pour contrer les ravages du temps, ces véhicules forcent le respect, d'autant plus quand on les croise lors de leurs balades dominicales.


CITRO

La nostalgie suscite l'émotion et permet de se remémorer une époque passée, voire définitivement révolue. Cette exposition a un côté décalé, comme un choc des cultures dans cette enceinte entre ces dinosaures qui connurent leur heure de gloire et ces bijoux high tech qui cherchent à séduire le chaland. Car oui l'automobile des années 50 fait sourire aujourd'hui. En effet, la technologie est toujours au présent, projetée vers le futur comme le souligne J. Ellul. La machine d'hier ne vaut plus rien2. Ainsi, combien de conducteurs accepteraient vraiment de faire leur trajet quotidien avec un véhicule des années 50-60 ?


CITRO2


En arrière plan sur la photo, derrière la Citroën DS 21 cabriolet, la Citroën C4 des années 30. Quel changement quand on la compare à la C4 des années 2000 !







Le temps du bilan et des coups de cœur.

Au terme de mes pérégrinations sur le salon, j’avoue ne pas avoir été déçu du grand nombre de véhicules qui étaient exposés. Ce que je reprocherai néanmoins, c’est la tendance à exposer des véhicules avec des finitions plutôt haute, parfois sans commune mesure avec le prix de la version de base. Le public était au rendez-vous dès les 18 heures passées pour former une fourmilière autour de ces objets qui attirent toujours autant.


Ainsi sur l’ensemble des voitures vues, j’en retiendrai quatre :

  • la Peugeot 206+ : c’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes. Elle bénéficie d’un bon restylage extérieur qui lui donne un coup de jeune malgré un intérieur classique. Il y a surtout des moteurs éprouvés et sobres. Elle est polyvalente avec des prestations à un prix attractif.

  • la Ford Mondeo : une imposante berline futuriste de très bonne facture, l’extérieur a une touche sportive avec les ailes élargies et une calandre aérée faisant penser aux Aston Martin, l’intérieur propose un poste de conduite soigné et hi tech bien qu’un peu froid.

  • la Kia Ceed’ : une imposante moyenne gamme dotée d’une esthétique sportive et d’une finition intérieure dans laquelle on se sent bien avec une instrumentation sophistiquée. On prendrait bien la route pour voir si la belle a de la ressource.

  • la Citroën C3 : parce c’est Citroën et qu’elle est bien plus glamour comparée à l’ancienne, finitions en hausse, même si elle est plus chère. En voiture Simone !



Notes:

1 Le Figaro, 1/12/2009.

2 ELLUL, Le bluff technologique, 1988.


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Published by Emmanuel Pagès
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