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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 16:53

 

 

 

Dans l’article précédent nous avons présenté la définition des aides à la conduite donnée par F. Saad et G. Malaterre1 qui spécifie les caractéristiques d’une aide à la conduite et nous avons abordé plusieurs typologies des aides à la conduite du point de vue des spécialistes de l’automobile (ingénieurs, journalistes auto). Nous cherchons maintenant dans cet article à cerner cette notion du point de vue des conducteurs ordinaires en faisant l’hypothèse que ce sont pour la plupart des profanes en matière d’automobile qui n’abordent pas de la même façon cette notion les aides à la conduite que les spécialistes. A partir des résultats obtenus à l’issue du dépouillement des questionnaires, nous restituons ici les exemples d’équipements automobiles entrant dans la catégorie des aides à la conduite du point de vue des conducteurs.

 

L’étude par questionnaire a été menée au printemps 2004 auprès d’une population de 350 individus en Ile de France et en Midi Pyrénées. Au travers d'une question ouverte, les enquêtés ont été amenés à donner des exemples de ce qui peut être considéré comme « aide à la conduite » dans l’automobile.

 

 

Des équipements « anciens » considérés comme aides à la conduite :

Commençons en relevant que 88,3% des enquêtés ont été en mesure de répondre à la question (soit 309 personnes sur les 350), ce qui laisse à penser qu'ils savent majoritairement associer au terme « aides à la conduite » le synonyme d'équipement automobile2.


 

Fig. Les exemples d'aides à la conduite les plus fréquemment cités par les individus.
AIDES À LA CONDUITE copie

 

Dans l'ordre, les systèmes les plus fréquemment cités comme étant des aides à la conduite sont la direction assistée (47% des répondants), suivis de l’ABS (45%) puis du système de navigation par satellite (41%). Ces trois systèmes sont d'une ancienneté différente, ce dont l'ordre de citation rend compte, du plus ancien au plus récent. La direction assistée largement diffusée sur les véhicules arrive en tête. Avec un taux de monte en hausse depuis le début des années 2000, le système ABS se place en deuxième position. Les systèmes de navigation par satellite font partie du trio de tête malgré leur faible diffusion en 2004, leur nouveauté technologique, leur visibilité sur la planche de bord et la désirabilité qu’ils ont suscitée peuvent expliquer leur présence parmi les exemples d’aides à la conduite.

 

Les aides à la conduite issues des plus récentes innovations technologiques des constructeurs sont encore largement méconnues par les enquêtés et figurent en retrait. Ainsi le correcteur de trajectoire ESP est cité par 15% des individus. A noter que le correcteur de trajectoire (ESP) a pu être appelé EBS (n=4) ou EPS (4). De plus, c’est sous la forme du sigle qu’il a été cité et rarement sous sa dénomination complète (n=4). On trouve ensuite le régulateur de vitesse cité par 9% des individus, l'ASR par 4%, le limiteur de vitesse seulement par 4%, en incluant la variante « limitateur » (n=5). On trouve parmi les moins connus, l'AFU (aide au freinage d’urgence) cité par 1% des individus. Plus que la terminologie à base de sigles, parfois obscure, c’est la faible diffusion de ces équipements qui amène à leur méconnaissance.

 

 

Une grande diversité d’équipement se rangeant sous l’appellation « aides à la conduite » :

Parmi les autres équipements qui sont considérés comme des aides à la conduite, on trouve aussi la boîte de vitesse automatique qui est citée par 10% des répondants, l’ordinateur de bord par 4%, les rétroviseurs (2%), la climatisation (2%) ou le verrouillage centralisé (1%). Il s’agit d’équipements déjà présents depuis quelques années dans l’automobile mais la notion « aide » ne leur est pourtant pas associée par un grand nombre de conducteurs. Ces résultats montrent la grande diversité que recouvre cette notion auprès du grand public, sans qu’il s’agisse forcément d’équipements sophistiqués.

 

Dans la catégorie « autres » qui représente tout de même 16% de réponses, on a rassemblé les aides qui ont été peu fréquemment citées ne permettant pas de créer une catégorie à part entière comme l’affichage tête haute (n=4), la ceinture de sécurité (n=3), frein à main électronique (n=2), les vitres électrique (n=2). Dans cette catégorie se trouvent des citations relevant soit dans la haute sophistication ou au contraire dans la basicité des équipements.

 

 

Les différences de sexes en matière de notion d’aide à la conduite :

Connaissant les différences sexuées en matière d’automobile, nous avons cherché à savoir si les exemples d’aides à la conduite différaient selon le sexe du répondant. A partir du traitement statistique3 opéré sur le logiciel SPAD, nous observons une relation statistiquement significative entre le sexe et les exemples d'aides cités4. Les différences les plus saillantes apparaissent au niveau des systèmes de gestion dynamique du véhicule pour lesquels on note une surreprésentation statistiquement significative des hommes en ce qui concerne l'ESP (p=0,01) ainsi que pour l'ABS et l'ASR (p=0,05)5. Ces systèmes, qui font l'objet d'une dénomination sous forme de sigle, peuvent créer un domaine de compétences difficile à percer pour ceux qui ne détiennent pas les clés de compréhension qui reposent sur la prise d’information sur l’automobile. Or, c’est une activité principalement masculine, ce que nous avons pu confirmer statistiquement avec une surreprésentation des hommes à déclarer s’informer sur l’automobile6. Les réponses données par les femmes ne font apparaître aucun exemple significatif, à l’exception des aménagements pour les personnes handicapées7.

 

 

Le rôle de la prise d’information sur le domaine automobile sur la connaissance des aides à la conduite :

Il faut aussi relever l'existence d'une relation statistiquement significative entre l’intérêt pour l’information sur l’automobile (presse, télévision, Internet) et les exemples d’aides à la conduite qui place les individus en mesure d'évoquer des exemples d'équipement8. Cette influence se manifeste nettement pour les réponses relevant des systèmes d'aides à la gestion dynamique du véhicule comme l'ESP (p=0,01) et l'ASR (p=0,05) avec une surreprésentation des individus s’informant sur l’automobile. Ceux qui s’informent sur l’automobile sont aussi surreprésentés parmi ceux ayant cité des exemples entrant dans la catégorie « autres » (p=0,1), où l’on a pu avoir des réponses pointues comme alerte de vigilance, suivi de ligne. Au contraire, ceux qui ne s’informent pas sur l'actualité sont surreprésentés dans la réponse direction assistée (p=0,01), qui n’est pas une innovation récente. L’influence de la pratique d’information sur l’automobile sur les citations en aides à la conduite tend à se confirmer en termes de meilleure connaissance des systèmes les plus sophistiqués mais les relations significatives au niveau des équipements ne sont pas nombreuses. A noter aussi qu’aucune source de média n’a montré d'influence sur le type de citations effectuées.

 

 

Une typologie d’aides à la conduite basée sur les réponses des conducteurs :

Pour en terminer nous proposons une typologie des aides à la conduite à partir des réponses données par les conducteurs et des analyses menées. Nous avons procédé au regroupement des différents exemples d’aides à la conduite cités par les individus. A partir de leurs citations, nous avons pu établir une classification selon que les équipements relèvent du domaine des aides à la gestion dynamique du véhicule, des aides informationnelles et des aides au confort9. Ainsi on observe que sur les 699 termes cités comme aides à la conduite, 286 ont trait aux aides dynamiques (dans lesquelles pèse fortement l’ABS), 250 termes cités relèvent des aides au confort (dans lesquelles la direction assistée pèse lourdement), 163 termes relèvent des aides informationnelles (dans lesquelles le système de navigation par GPS occupe une forte proportion).

 

Les familles d’aides à la conduite sont au nombre de trois et sont les suivantes : les aides informationnelles, les aides au confort et les aides à la gestion dynamique du véhicule. Ces trois familles couvrent les systèmes de sécurité primaire, secondaire ou tertiaire mises en avant par T. Perron (1997). L’idée de présenter cette classification des aides à la conduite vient de la nécessité d’appréhender la conduite automobile en situation normale et non plus seulement dans la perspective de survenue de l’accident qui, s’il est un aspect de la conduite, occulte d’autres dimensions de l’activité en temps normal comme la consultation d’informations, de plus en plus fréquente avec les systèmes embarqués.

 

 

Classification des aides à la conduite selon leur domaine d’activité en conduite (E. Pagès).

 

- Aides au confort : Climatisation, direction assistée, poste de conduite, vitres électriques, airbags, kit mains libres, radar de recul.

- Aides informationnelles : Système de navigation par satellite, ordinateur de bord, tableau de bord.

- Aides à la gestion dynamique du véhicule : ABS, ASR, ESP, limiteur-régulateur de vitesse.

 

Les aides au confort sont des aides améliorant la réalisation de la conduite dans son ensemble en permettant de placer le conducteur dans de meilleures conditions (vie à bord), sans oublier ce qui relève de la sécurité secondaire et tertiaire préservant l’intégrité physique du conducteur en cas d’accident comme les airbags.

Les aides informationnelles correspondent à des systèmes délivrant de l'information sous forme représentationnelle au travers du tableau de bord. Prolongeant le travail de prise d'information des capteurs et le traitement par des calculateurs, ces systèmes remplissent une fonction représentationnelle de l'information. Le système GPS appartient à cette catégorie en ce qu’il consiste « à apporter une assistance pour optimiser son voyage »10 et rassemble des systèmes interactifs permettant d'agir et rétroagir avec la présentation d'informations. Le radar de recul est à la jonction de ces deux premières familles, en fournissant une information sur la distance des obstacles, il améliore le confort de l’automobiliste pour reculer et manœuvrer.

 

Les aides à la gestion dynamique interviennent sur la gestion longitudinale et/ou latérale du véhicule. Ce sont des systèmes confrontant les actions du conducteur aux paramètres de référence pour une activité du véhicule. On peut parler d’aide interactive, même si elle s’opère sans intervention spécifique du conducteur. La voiture détecte et gère de façon autonome les situations 'limites' en réponses aux actions du conducteur, tout en l'informant de son intervention.

 

 

 

Cette étude a montré que les individus identifient comme étant des aides à la conduite des équipements qui sont déjà largement diffusés dans le parc automobile (direction assistée et ABS). Néanmoins, la visibilité dans l’habitacle du véhicule d’un système et son côté sophistiqué sont des éléments qui attirent l’attention et font qu’il est connu des individus, ce qui est le cas du système de navigation par GPS. Il apparaît que les innovations les plus récentes restent souvent méconnues lorsqu’elles ne sont pas encore intégrées massivement dans les véhicules, ce qui pose le problème de leur acquisition par les consommateurs lorsqu’elles ne sont pas montées de série. Cependant l’information dans le domaine automobile a montré son influence dans la connaissance des aides à la conduite, du moins dans la population masculine. A cet effet, des campagnes communications ont été menées, de même que l’Union Européenne ou l’Euro-Ncap ont assuré la promotion du système ESP. Enfin, nous avons proposé une typologie des aides à la conduite basée sur les différents champs d’intervention des systèmes tels qu’ils sont perçus par les conducteurs en conduite normale et lors de la survenue d’un accident.

 

 

Tiré de la thèse, Emmanuel Pagès,« Approche sociologique de la conduite instrumentée. Formes de la cognition distribuée en conduite automobile », 2008, pp.288-290 et pp.296-297.

MàJ 13/07/2011.

 

 

 

Références :

1 SAAD, MALATERRE, op. cit., 1984.

2 Ceux pour lesquels l'expression "système d'aide à la conduite" ne disait rien la question leur était redite avec l'expression "équipement qui aide le conducteur".

3 Nous utilisons le test du khi² pour tester l’indépendance de deux variables qualitatives. Nous précisons en note de bas de page le khi² total ainsi que le degré de liberté (ddl) et le risque d’erreur (p).

4 Khi² total de 50,03; ddl=22; p=0,00061.

5 Le ‘p’ indiqué entre parenthèses correspond au risque d’erreur pour la case du tableau croisé mettant en relation les deux variables, ce qui indique la significativité de la relation observée entre les deux modalités des variables.

6 Khi² total de 8,46; ddl=1; p=0,0036.

7 Avec cependant effectif théorique trop faible pour exploiter ce résultat.

8 Khi² total de 53,68; ddl= 22; p=0,0002.

9 Le logiciel SPAD ne nous a pas permis d'exploiter les regroupements effectués en les croisant avec d'autres variables. On a donc effectué des regroupements par catégories sur Excel.

10 CAMUS, FORTIN, op. cit., 1995, p.117.

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Published by Emmanuel Pagès
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