Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 18:08

  achat-VN

 

 

Faisant suite au précédent article intitulé <les-ventes-de-vehicules-neufs en 2012>, nous proposons à présent une analyse des chiffres des ventes enregistrées par les différents constructeurs en 2012 en avançant quatre éléments d’explication pour comprendre la tendance actuelle du marché et envisager son évolution future. Quatre questions tenteront d’expliquer cette baisse des ventes de véhicules neufs et feront l’objet d’un article spécifique :

  • Que reste t-il de l’intérêt pour l’achat d’une voiture neuve ?

  • Le désamour du « Made in France » ?

  • Qu’est-il advenu de la consommation de la classe moyenne ?

  • Les coûts de l’automobile et le contexte socio économique limitent-ils l’achat de véhicules neufs ?

 

A partir des données des ventes de véhicules neufs que nous avons déjà commentées, il apparaît que l’industrie automobile est confrontée à une crise en termes de volumes écoulés et d’une crise affectant une certaine gamme de véhicules. Il est très important de noter qu’à l’intérieur d’un même groupe automobile, les marques obtiennent parfois des résultats très différents selon le positionnement en gamme d’un de ses constructeurs. Cet élément pourrait donc être prépondérant pour comprendre le succès des ventes de certains.

 

 

Ce qu'il faut comprendre dans ces chiffres des ventes de véhicules neufs, c'est d’abord qu’ils peuvent traduire la crise économique que traversent nombre de consommateurs français. La période actuelle fait suite à la prime à la casse (2009-2010) qui avait été lancé pour prévenir toute baisse du marché automobile suite à la crise financière de l’automne 2008. Ce dispositif a eu pour effet de « doper » les ventes de véhicules neufs et a suscité des achats en profitant du dispositif gouvernemental. Certains acheteurs se sont saisis de cet effet d’aubaine pour ceux qui envisageaient d’acheter de toute façon une automobile mais cela a pu aussi permettre l’achat d’un véhicule à ceux qui avaient besoin d’une incitation financière pour concrétiser leur achat. Quoi qu’il en soit, cela a permis de renouveler son véhicule à ceux qui financièrement l’envisageaient déjà. Et notamment ce sont de petits véhicules qui ont été achetés (link). Mais finalement, ce dispositif n’apparaît que comme une perfusion pour remettre sur pied un malade dont on n’a finalement guère identifié le mal qui le touche. Et la rechute n’en est que plus lourde par la suite.

 

 

Notre argumentaire s’appuie sur le constat dressé par le journaliste Jacques Chevalier qui en janvier 2007 écrivait dans Le Figaro : « il faut prendre gare à ce que ce décrochage budgétaire annoncé ne se double pas d’un décrochage affectif »1. Le budget amenuisé des ménages est maintenant un état de fait en 2013 auquel s’ajoutent la défiance à l’égard de la course à l’innovation technologique des constructeurs et l’attrait pour une offre de « low-cost » séduisante. Mais le décrochage affectif n’est pas toujours très loin face aux contraintes qui pèsent sur son usage comme le coût des carburants, les embouteillages, les contraventions, les difficultés de stationnement. Tous ces éléments déjà présentés comme des freins aux ventes de véhicules neufs peuvent intervenir plus fortement aujourd’hui.

 

 

  1. Que reste t-il de l’intérêt pour l’achat d’une voiture neuve ?

Commençons d’abord par dire que le choix d’une voiture ne se fait pas au hasard, il est porteur de sens en ce que le choix d’une marque et de la gamme est une façon de se positionner socialement. Souvenons-nous qu’en 1975 L. Boltanski avançait l’existence d’un « repérage social »2 de l’individu au volant, et ce à partir de sa voiture et de ses caractéristiques. La voiture est donc un marqueur du statut social de l’individu, elle est associée à un « signe extérieur de richesse comme les habits, l’habitation »3. Elle peut donc stigmatiser les individus, qu’elle soit neuve ou vieille, allemande ou française.

 

 

La demande des consommateurs en termes de véhicules neufs (prestations, prix, etc.) n’a peut-être pas encore été comprise par les constructeurs. La période des années 2000 a été marquée par l’augmentation des équipements, si bien que la voiture s’est embourgeoisée ! Cette montée en gamme a pu peser sur le coût de fabrication du véhicule et faire augmenter le prix de vente que les consommateurs ne peuvent pas suivre. Si l’achat neuf a pendant longtemps été gage de tranquillité et de fiabilité, certains modèles du début de la décennie 2000 ont été touchés par de graves défauts de fiabilité, ce qui a pu décourager les acheteurs de voitures neuves qui ont tout connu sauf la tranquillité promise, ce qui a pu alors remettre en cause la confiance portée traditionnellement aux marques en question et les faire changer de constructeurs. Si globalement la fiabilité s’est améliorée, la confiance est durablement entamée.

 

Or, au même moment s’est développée une offre « low-cost » qui a séduit la clientèle occidentale ! Souvenons-nous qu’initialement la Dacia Logan ne devait être commercialisée que dans les pays émergents avec toutefois une diffusion prévue à 5.000 unités par an en France. Dès son lancement en France en juin 2005, à partir de 7.500 euros, son succès a pris à revers la tendance du marché d'alors et a constitué une grande surprise et aurait peut-être dû alerter les constructeurs qu'une vague à contre courant pouvait venir. Les autres constructeurs ont essayé de donner le change à Renault mais pas dans cette gamme de véhicules (C1, 107). Et en 2013, il n’y a pour l’heure aucune véritable concurrente aux véhicules Dacia.

 

 

L’intérêt pour le « low-cost » ne signe pas le désamour de la voiture neuve mais l’érige en objet pratique et économique à l’achat puis à l’usage. De plus, ces véhicules ont rempli l’objectif de fiabilité. Et le succès commercial du « low-cost » montre bien qu’ils répondent à une demande des consommateurs. Pour l’année 2005, année de son lancement, il s’en est écoulé 10.000 exemplaires en France, créant une véritable surprise. Le succès de la Logan ne s’est pas démenti depuis. Depuis la Dacia Sandero et le Duster sont venus combler le dépouillement de cette pionnière. Ainsi en 2012, le Duster s’est emparé de la 12° place des véhicules les plus vendus en France (soit 1,8% du marché avec 33.829 véhicules). La Dacia Sandero occupe la 16° place avec 1,4% du marché. La Dacia Lodgy tient la 36° place avec 0,7% du marché. La Twingo 10° place (39.697 véhicules, soit 2,1% du marché). (CCFA, CP du 2/01/2013). Les C1 et 107 représentent respectivement 0,7 % du marché.

 

 

Enfin, il faut ajouter à cela l’existence dans la société de consommation d’autres objets tout aussi désirables que l’automobile que nous avons déjà mis au jour < voiture signe extéreur de richesse > et qui viennent lui disputer la vedette en permettant eux aussi de se représenter socialement, tels que les téléphones portables (smartphones) et les tablettes numériques (les nouvelles technologies plus généralement), l’habitation, les vêtements. Les tarifs de ces objets sont plus abordables et certains créent des dépenses concurrentes à l’automobile (abonnements). Comme le relevait déjà le journal Le Monde en 2006 « nombre de familles préfèrent équiper leur salon du dernier modèle de téléviseur à écran plat ou acquérir un ordinateur plus performant que de se précipiter sur la dernière nouveauté dévoilée au Mondial de l’automobile »4 !

 

 

Références:

1 J. Chevalier, Voiture minimale, Le Figaro, 5/01/2007, http://plus.lefigaro.fr/fpservice/recommander/article/sdv/20070105ARTWWW90251

2 L. Boltanski, Les usages sociaux de l’automobile, 1975, p.29.

3 M. Pervanchon, Du monde de la voiture au monde social, 1999, p27.

4 Le Monde, La voiture devenue modeste, 29/09/2006.

Partager cet article

Repost 0
Published by Emmanuel Pagès
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Automobile et sécurité routière_Le blog de Emmanuel Pagès
  • : Une approche sociologique de la sécurité routière et des usages de l'automobile d'aujourd'hui et de demain.
  • Contact

Recherche