Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 17:49

knight 2000


 

Dans les deux articles précédents j’ai abordé la définition de la voiture intelligente puis parlé de la présence de l’informatique dans le fonctionnement des véhicules modernes et montré comment la voiture K2000 préfigurait les voitures actuelles. Je terminerai cette trilogie sur K2000 en présentant quelques innovations présentes dans la Knight 2000. A partir de différents passages dialogués tirés de la série des années 80, je me propose de montrer que certains systèmes technologiques présents dans cette voiture ne nous sont pas aujourd’hui étrangers et font partie des aides à la conduite intégrées dans les véhicules actuels.

 

 

- Lire le manuel d’utilisation de sa voiture intelligente ?


Michaël veut partir seul avec la voiture, Devon l'interpelle.

« Devon : une petite seconde, il y a des tas de petits détails que vous avez à connaître.

Michael : s'il vous plaît, j'apprendrai le fonctionnement de la machine en route.

Devon : ça me semble une entreprise des plus risquées ». S1, ép.1.


 

kitt interieur

Et maintenant que vais-je faire ?

 

Peu nombreuses étaient les personnes qui prêtaient attention au manuel d’utilisation de leur voiture en dehors des aspects relevant de l’entretien. Aujourd’hui pour certains modèles équipés d’un ordinateur de bord avec de multiples fonctions (système de navigation, système audio, etc.), il semblerait bien hasardeux de se risquer à manipuler le grand nombre de boutons d’un véhicule que l’on ne connaît pas. Heureusement au contact de différents objets techniques de la vie quotidienne la culture numérique des individus progresse et leur permet de se lancer dans l’exploration des fonctions sans craindre de dérégler le système. Les individus ayant un haut niveau de compétences techniques issu de la pratique des TIC se lancent dans l'exploration en espérant trouver le mode opératoire par eux-mêmes au fil de l’exploration. Mais oserait-on procéder la sorte pour la Knight 2000 et pour sa propre voiture ?

 

Il faut dire que K2000 version années 1980 est clairement techno centrée, c'est à dire basée sur une logique reposant sur des fonctions techniques plutôt que sur les usages (ce que cela offre à l’utilisateur). Même s’il s’agit d’une voiture intelligente, son instrumentation est écrasante de complexité, avec une débauche de boutons et d’afficheurs, ce que K2000 version 2008 semble avoir corrigé. Or, ce fut le cas de beaucoup d’objets techniques pendant longtemps où la complexité interne s’affichait sur l’objet technique et signait sa Modernité. C’était une affaire de spécialiste. On comprend l’intérêt qu’a suscité la sophistication du tableau de bord de cette voiture. Mais qui voudrait d’une telle voiture aux innombrables boutons à manipuler ?

 

1609 18

Instrumentation de la Citroën C5.


 

- Une évocation du système de navigation par satellite :

 

Gps K2000

 


« Michael : prépare-moi le chemin le plus court pour aller à l’aéroport.

Kitt : c’est fait Michael. Je me gare moi-même ?

Michael : projette-moi le meilleur itinéraire » S4, ép.14.

 

 

«  Michael : Kitt, trouve-moi la meilleure route pour Las Vegas en dehors des autoroutes.

Kitt : tout de suite Michael » S1, ép.15.

 

 

Qui n’a pas rêvé de s’adresser de la sorte à son GPS fraîchement acheté ? C’est maintenant possible sur certains modèles commercialisés mais il n’est pas sûr qu’ils soient si rapides et loquaces. Le principe des aides au déplacement dans l’automobile repose sur des technologies de géolocalisation par satellite, technologie développée et conçue dès 1965 pour les applications militaires américaines. C'est seulement à la fin des années 80 et au début des années 90 que ce principe a été appliqué au domaine de la navigation routière avec les programmes de recherches européens. Il a fallu attendre la fin des années 1990 et le début des années 2000 pour voir ce genre de système se diffuser dans les automobiles.

 

NAVIGON feature clever parking uk

Ecran d'un système GPS Navigon vendu en 2010.

 

 

Le système de navigation par satellite est un système de traitement de l’information. C’est un système composé d’une antenne pour recevoir les signaux GPS émis sur la Terre et d’un logiciel comportant des algorithmes et une base de données qui vont permettre de calculer la position du véhicule et de proposer un itinéraire jusqu’à un point donné en intégrant certains paramètres pour le trajet (type de routes). Les aides à la navigation « consistent à apporter à l’automobiliste une assistance pour optimiser son voyage »1, avec des fonctions telles que la localisation, la navigation, le guidage statique, le guidage dynamique, les services d’information. Il n’est donc pas étonnant de retrouver cette technologie dans K2000 étant donné qu’il s’agit de traiter de l’information par un ordinateur embarqué. Il est aussi possible de préciser des critères d’itinéraire au système de navigation afin d’atteindre la destination. L’originalité du « GPS » dans K2000 réside dans la façon de spécifier la destination, vocalement, et la machine informe le conducteur de la prise en compte de sa demande. A noter pour les fans de la série que certains systèmes GPS proposent d’installer comme voix de guidage celle de la voiture K2000.

 

 

- La voiture communicante et interactive : une voiture qui parle.


Michaël circule seul avec la voiture.

« Michaël : (à voix haute et à lui même) : si je me mettais un p'tit peu de musique, parmi tous ces boutons, il doit sûrement y avoir la radio.

Kitt : que veux-tu entendre?

Michaël : qui a parlé ?

Kitt : tu désires des renseignements sur la région ?

Michaël : non, non, je veux surtout savoir qui tu es?

Kitt : ne prends pas ce ton affolé ; ça n'a rien de surnaturel, j'essaie de me rendre utile ; tu entends la voix d'un ordinateur que l'on a désigné comme le KITT 2000, le KITT.

Michaël : je n'ai pas envie de rouler dans une voiture qui sans arrêt pourra me parler; ou bien je dis à Devon de te débrancher ou bien qu'il se cherche un autre chauffeur. […]

Michaël : pas un mot, je veux entendre de la musique, et surtout ne me fait aucune suggestion, je vais me la choisir.

Kitt : comme tu voudras, mais j'entends très nettement dans ta voix une irritation sans aucun doute liée à la fatigue ; mieux vaudrait peut-être mettre en conduite automatique par sécurité.

Michaël : non, je n'ai rien du tout […] J'arrive pas à le croire, un ordinateur qui va me donner des ordres! ». S1, ép.1.

 

 

La voiture de K2000 est aussi connue pour sa capacité à parler avec son conducteur. C’est là qu’entre en jeu l’intelligence artificielle pour établir un réel dialogue (résultant de l’interaction entre les deux parties et non une suite de réponses types à des questions). Force est de constater que l’on n’en est pas encore à ce stade avec les machines intelligentes actuelles et pour cela K2000 reste bien en avance sur son époque, ce qui en fait son originalité.

 

Plus près de nous, c’est la capacité de l’informatique à nous entourer pour mieux nous servir dans l’activité dont il est ici question et qui renvoie au principe d’aide à la conduite. On y trouve le système de navigation par GPS, les suggestions musicales et la surveillance de l’état du conducteur, tout cela pour améliorer le confort du conducteur. Cependant, nous avons aussi l’illustration de l’hostilité de l’humain face à l’entrée de la Machine dans la conduite et la crainte de se voir surveillé et commandé par celle-ci. Notons que dans ce passage Michael fait connaissance avec sa voiture et qu’il éprouve le même sentiment que les autres personnages qui découvriront plus tard la voiture : il est surpris par la machine.

 

« M : Kitt, est-ce que tu peux me donner un relevé des lieux ?

Kitt : je vais toujours essayer

JF : mais qui a dit ça ? » S2, ép.9.

 

 

Un objet qui parle n’est plus une surprise aujourd’hui, qu’il s’agisse de jouets ou d’appareils domestiques. Une automobile qui parle n’est plus aussi rare. S’il y avait différents signaux d’alarme et témoins pour nous informer de l’état du véhicule, c’est maintenant une voix de synthèse qui peut nous indiquer ces informations (par exemple la Renault Laguna II) et les directions à suivre avec le système de navigation par GPS. Ceci dit, il n’est pas acquis qu’il soit du goût de tout le monde d’avoir une automobile qui lui parle à voix haute pour lui donner des indications.

 

« M (à la fillette): et surtout tu touches à rien.

Fillette : oui, c’est promis.

M : veille sur elle, Kitt.

Fillette (à la voiture) : oh dis donc qu’est-ce que tu as des grands yeux ! Oh mais c’est de vrais yeux. Tu sais faire autre chose ? Oh ça alors ! Ma maman, elle a une voiture qui fait pas tout ça ! Tu fais quoi encore ? Est-ce que tu causes ?

Kitt : ah non Nathalie, tu sais que les automobiles ne causent pas !

Fillette : si quelques unes, elles disaient tiens vous avez oublié d’attacher votre ceinture. Mais tu viens de causer ! Je t’ai entendu, tu as causé ! » S1, ép.21.

 

 

Ce passage est révélateur de la relation que les enfants entretiennent avec la technologie. Ils ne sont pas intimidés par leur complexité et au contraire entrent en relation sans a priori. Cela n’est pas sans rappeler les analyses de S. Turkle sur les rapports entre les enfants et les ordinateurs dans les années 19802 et qui ont inspiré J. Perriault qui observe une attitude différente de la jeune génération par rapport aux générations plus âgées en ce qu’elle « a reçu très tôt l'imprégnation profonde des technologies de communication qui entouraient son berceau »3. A présent, l’environnement n’a jamais été aussi équipé et le sera encore plus à l’avenir. Les jeunes sont amenés à entrer en contact avec la technologie précocement et apprennent dans des contextes divers. Il y a donc une familiarisation croissante avec les hautes technologies. La voiture n’est qu’un environnement de plus. Là encore, la spécificité de la voiture tient tant à son instrumentation de bord sophistiquée qu’au fait que celle-ci parle, ce que ne faisaient pas les voitures à l’époque. On notera le dialogue qui s’établit entre les deux sans même que la petite fille ne s’en étonne au début ou ne soit surprise par la voix, ce qui signe ici la caractéristique d’un réel dialogue avec une machine intelligente s’il en existait.

 

 

 

L’alerte de vigilance et le pilotage automatique :


radar K2000

 

«  Michaël sur la route, commence à s'endormir au volant, la voiture l'en informe.

Kitt : attention Michaël, tu t'endors!

Pas de réponse de Michaël, la voiture prend alors le contrôle en passant en mode automatique ». S1, ép.1.

 

Cet extrait nous donne une évocation de l’alerte de vigilance et d’un système de régulateur de vitesse intelligent. Ainsi à partir de ses différents capteurs et radars, la voiture assure la surveillance de l’environnement routier (obstacles, tracé de la route, signalisation) et de l’état du conducteur (vigilance). C'est ce que fait K2000 avec son scanner situé à l'avant. Elle est en mesure de prendre en charge la conduite en s’occupant de différentes tâches. La voiture du futur sera une voiture équipée de prothèses perceptives pour accéder à la situation de conduite. Il faut reconnaître que la voiture intelligente telle qu'elle existe de nos jours est plutôt lourdement instumentée, rien à voir avec le design de la Knight 2000 de la série télévisée.

 

Véhicule automatisé DARPA 2007

Véhicule sans pilote ayant participé au Darpa Challenge 2007.

 

Il existe différents niveaux d’action de la voiture. Lorsque le système assure une surveillance de la tâche de conduite et l’informe en cas de danger, c’est le niveau informatif. Sans réponse de la part du conducteur, la voiture entreprend alors une action corrective (ici pilotage automatique), il s’agit du niveau d’intervention et de contrôle. C’est ce que font différents systèmes qui peuvent intervenir en situation de conduite sans forcément passer par le niveau informatif comme en situation d’urgence lorsque le système de correction de trajectoire (ESP) intervient en freinant une des roues. C’est aussi en conduite normale que des systèmes assistent le conducteur de façon transparente comme par exemple la boîte de vitesse automatique ou d’autres systèmes qui assurent la tâche de conduite à la demande du conducteur, c’est le principe du régulateur de vitesse.

 

 

L’auto diagnostic du véhicule :


« La mécanicienne : qu'est qu'il y a encore?

Kitt : mon alpha est en panne ». S1, ép.2.

 

Si elles ne parlent pas encore au mécanicien pour signaler une panne identifiée par l’ordinateur, les voitures actuelles sont en mesure de reporter la panne d’un système au tableau de bord et de l’enregistrer dans le journal de bord. A l’avenir, certaines voitures pourront envoyer l’information sur la panne chez le constructeur. D’ores et déjà, le garagiste branche la valise de diagnostic sur une connexion spécifique de la voiture lui permettant d’accéder à l’historique des événements et des pannes. C’est aussi par ce moyen là que s’opèrent les reprogrammations et les mises à jour des organes électroniques du véhicule.

 

 

 

 

Pour conclure, nous avons vu que ce qui pourrait passer pour des « gadgets technologiques » dans la voiture K2000 n’est pas si éloigné de la réalité des équipements automobiles que nous connaissons aujourd’hui avec les aides à la conduite qui sont intégrées dans nombre de véhicules. Rappelons que dans la série nous sommes au début des années 1980 et que l’ordinateur n’est pas encore entré dans les foyers, encore moins dans les véhicules. Or, en 2010, tout cela ne relève plus de la science fiction, à l’exception près de l’intelligence artificielle. Les aides à la conduite sont bien une réalité dans le véhicule de monsieur/madame tout le monde et interviennent dans différentes tâches de conduite.

 

K 2000 est une voiture qui a suscité un grand enthousiasme dans les années 1980 et a fait rêver toute une génération. Dans la série télévisée nous avons une évocation du rapport Homme-Machine, souvent présente dans la publicité automobile, où un conducteur téméraire cohabite avec une voiture performante et intelligente programmée dans le but d'assurer sa sécurité. La technologie vient entourer le conducteur, non par sa suprématie mais sur le mode de la complémentarité. La voiture est au service du conducteur. Ce genre de discours 'littéraire', qui traite de science-fiction dans un objet quotidien, a contribué à sa manière à un imaginaire de la technique par l'évocation avant-gardiste des capacités des ordinateurs, avec le mythe de l'intelligence artificielle, à une époque où ceux-ci n'étaient pas encore omniprésents dans la vie sociale et dans les voitures.

 

Maintenant que la réalité a rejoint la fiction, le rêve cesse pour laisser la place à la dure confrontation avec les réalités du monde de la circulation routière. Car n’oublions pas que la technologie engendre autant de problèmes qu’elle n’en résout. Et la sécurité, la fiabilité ou le confort ont comme pendants la surveillance, la déqualification et la déresponsabilisation. Si l’on rêvait de conduire la Knight 2000 il y a près de 30 ans, est-on prêt à conduire une voiture moderne maintenant qu’elle prend la forme d’une voiture intelligente ? Serait-on disposé à conduire le modèle intelligent du constructeur Y ? Comme pour la série télévisée, on aime ou on n’aime pas ! Pour le moins, lorsqu’une voiture intelligente sera commercialisée faudrait-il que celle-ci soit aussi loquace que celle de la série !

 

D’autres évocations d’aides à la conduite pourront être ajoutées au fur à mesure que je visionne la saison 1 de la série.

 

 


Sites Internet :

 

Site français sur la série : http://www.knight2000.net/k2000.html

Article détaillé sur la voiture sur Wikipedia (en anglais) : http://en.wikipedia.org/wiki/Knight_Industries_Two_Thousand#KITT_.28Knight_Industries_Two_Thousand.29

Article détaillé sur la série à voir sur Wikipédia (en anglais ) http://fr.wikipedia.org/wiki/K_2000_%28s%C3%A9rie_t%C3%A9l%C3%A9vis%C3%A9e%29

Comparatif des fonctions de K2000 et K2000 version 2008 (en anglais) : http://www.popularmechanics.com/print-this/4237588?page=all

K2000 sur Allo ciné : http://www.allocine.fr/series/ficheserie_gen_cserie=367.html

Article sur la série sur l’Internet Movies Data Base (en anglais): http://akas.imdb.com/title/tt0083437/maindetails

 

 

Références :


1 CAMUS, FORTIN, « Les nouvelles technologies de l'information dans les transports routiers », 1995, p.117.

2 TURKLE, « Les enfants de l’ordinateur », 1986.

3 PERRIAULT, « La logique de l’usage », 1989, p.232.

Partager cet article

Repost 0
Published by Emmanuel Pagès
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Automobile et sécurité routière_Le blog de Emmanuel Pagès
  • : Une approche sociologique de la sécurité routière et des usages de l'automobile d'aujourd'hui et de demain.
  • Contact

Recherche