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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 15:52

intérieur k2000-réplique

Le poste de conduite de la voiture K 2000 : un prototype de voiture intelligente en 1982 ? 

 

En visionnant les épisodes de la série télévisée K 2000, je me rends compte à quel point les véhicules actuels comportent des points de similitude avec certaines technologies embarquées dans la célèbre voiture de la série, bien entendu exceptée l’intelligence artificielle pour animer le véhicule et ses nombreuses fonctions. Cet article propose une introduction à la voiture intelligente en abordant les recherches menées par les ingénieurs du secteur automobile et leur objectif sous jacent d’accroître la sécurité automobile en les rapprochant des caractéristiques de la voiture K 2000. Ceci nous permettra de souligner que la voiture de la série télévisée est une évocation avant-gardiste des technologies qui sont actuellement implantées dans nos voitures. Nous allons nous intéresser ici à la présentation de la voiture qui faite dans le premier épisode de la saison 1 de K 2000.


 

La célèbre Pontiac Firebird Trans AM de 1982 modifiée occupe une place toute particulière dans la série K 2000, et l’on peut dire que la voiture a contribué notoirement à en faire une série culte notamment par ses gadgets technologiques et la relation qui existe entre le conducteur et la voiture. Il faut remarquer que dans ce véhicule l’informatique est omniprésente à une époque où l’ordinateur entrait à peine dans les foyers et s’installait dans les entreprises, et relevait plutôt de l’aérospatiale que de l’automobile.


 

Cette fiction télévisée, si elle s’inscrit partiellement dans le genre science fiction, propose une certaine vision des technologies appliquées à l’automobile et constitue de ce fait un discours d’accompagnement de l’innovation automobile. Elle a pu contribuer à nourrir notre imaginaire dans le domaine de la voiture du futur. A ces différentes innovations s’ajoute la référence au chiffre « 2000 » présente dans le nom de la voiture (la Knight 2000) et de l’ordinateur embarqué (le KITT 2000). En cette fin de vingtième siècle (les années 1980-1990), le chiffre « 2000 » était doté d’une certaine symbolique en termes de consécration de la Modernité et de point d’entrée dans une nouvelle ère, souvent annoncée comme celle de la haute technologie. Cette voiture consacre donc la Modernité avant l’heure. Toujours est-il que l’on ne saura pas si la Knight 2000 a passé le prétendu « bug de l’an 2000 » ?


 

- L’informatique comme source de sécurité en conduite automobile:

(J’ai souligné les éléments les plus significatifs)

 

« Devon : Vous êtes à bord de la Knight 2000 !

Michaël : Enchanté ! Mais qu'est-ce que c'est que ce fantastique tableau de bord, un ordinateur?

Devon : Exactement, un ordinateur oui ; ce qui en fait sans doute la voiture la plus sûre de l'univers. Elle est entièrement commandée par les micro processeurs de cet ordinateur appelé KITT, et ne peut en aucune manière être impliquée dans une collision quelleconque sauf bien sûr si c'est à la demande du pilote.

Michaël : Du pilote ? Est-ce que c'est un engin volant ?

Devon : Non, mais il analyse !

Michaël : Comment ça il analyse ? Ma voiture analyse !

Devon : Il vaudrait mieux dire notre voiture analyse. Pour mettre en route, il vous suffit…

Michaël : Oui, oui, merci, écoutez, je sais encore très bien comment on conduit ; je sais où est l'accélérateur, j'ai toujours été un as du volant !

[Michaël accélère et fonce dans un portail qu'il traverse].

Michaël : En tout cas, elle est bien entrée en collision, non ?

Devon : Parce que c'est vous qui avez tout provoqué, il aurait fallu que vous laissiez la conduite à votre ordinateur.[Il enclenche le pilotage automatique] Allez y !

Michaël : Alors si je roule maintenant où que ce soit, je n'aurai aucun accident.

Devon : Je vous en fais le pari.[…] ». S1, ép.11.

 

 

 

Telle pourrait être la description de la première voiture intelligente donnée en 1982, contribuant ainsi à la construction d’un imaginaire autour de ce que l’on appelle aussi la « voiture du futur ». Ce qui fait la spécificité de cette voiture, c’est la présence d’un ordinateur à bord qui gère les nombreux systèmes sophistiqués. En faisant son entrée dans le cadre de fonctionnement de l’automobile, l’informatique rend possible l’ajout et le raffinement d’éléments de confort et de sécurité. Rappelons qu’en 1971, la compagnie Intel inventait le microprocesseur et qu’au début des années 80, l’informatique est alors une innovation porteuse de nombreuses applications et aussi d’utopies. Les microprocesseurs participent au phénomène de digitalisation de l’automobile en permettant le traitement d'un grand nombre d'informations prélevées dans l’espace routier et sur le véhicule ou sur le conducteur remontées à partir de différents capteurs et de radars.



Basée sur une architecture informatique, la voiture échange des données sur les différents organes sur plusieurs réseaux (BUS). Ces données sont traitées par un système central (BSI pour Boîtier de servitude intelligent ou Built-in Systems Interface). C’est sur ce même principe que fonctionne la voiture K 2000 avec l’ordinateur central appelé ici le KITT. Les progrès de l'électronique ont rendu possible la conception et l'introduction de systèmes de plus en plus complexes à mesure qu'ils s'interconnectent à d'autres organes dans le véhicule. Ces systèmes interviennent dans la conduite de façon plus ou moins transparente pour le conducteur et ce dans un large champ d'applications. C’est ce que l’on appelle les aides à la conduite.


 

Les chercheurs G. Malaterre et F. Saad ont proposé une définition des aides à la conduite : c’est « un dispositif qui assiste le conducteur dans la réalisation d'une sous-tâche de conduite en en prenant en charge certains aspects ou en doublant certaines fonctions. Elle[s] contribue[nt] à mieux atteindre, ou dans de meilleures conditions, ou de manière plus fiable, le résultat souhaité »2. De nombreuses aides à la conduite sont commercialisées à l’heure actuelle dont certaines restent transparentes pour les conducteurs comme l’ABS, la gestion du moteur, le contrôle de trajectoire ESP ou l’aide au freinage d’urgence. D’autres aides comme le système de guidage par satellite, l’alarme de franchissement de ligne, la détection d’angle mort informent le conducteur, enfin d’autres prennent en charge de façon automatique certaines tâches comme le régulateur de vitesse adaptatif, le parking automatique ou la boîte de vitesse automatique.


 

4L du futur

Véhicule d'essai Renault 4L embarquant une maquette de radar anti collision (Revue RTS n°26- juin 1990).

 

Afin de concevoir des sytèmes d’aide avancés et ainsi faire face aux problèmes majeurs de la circulation routière, des projets de recherche de grande envergure ont été menés par différents pays mobilisant les acteurs des secteurs privé et public. Ils visent au développement de Systèmes Intelligents de Transports (STI) ou « Intelligent Transport Systems » (ITS). Ce champ de recherche associe les technologies des secteurs industriels de l’automobile et de l’électronique. Les premières recherches européennes en matière de « véhicule intelligent » et de la « route intelligente ont été réalisées au milieu des années 1980 avec le projet européen PROMETHEUS (Acronyme de PROgraM for an European Traffic with Highest Efficiency and Unprecedent Safety). Son objectif était de lutter contre les accidents et les embouteillages. En recourant à un système de radar anti-collision, à un système de conduite coopérative, et à un système de surveillance de l'état du conducteur, il était prévu un contrôle intelligent de la vitesse, une estimation de distance entre véhicules de sorte à éviter les collisions et à fluidifier la circulation. On voit dans ce projet le recours important à l’informatique pour assurer le fonctionnement des différents systèmes d’aide à la conduite ayant pour objectif d’accroître la sécurité en conduite automobile.


 

interieur auto copie

Prototype de poste de conduite d'un véhicule à l'issu du projet Prometheus.

 

Les enjeux socio techniques autour du développement des STI sont nombreux et dévoilent des associations de termes comme « efficience », « sécurité » soulignant la perspective de rationalisation de l'activité de conduite voire même sa surveillance. Par-dessus tout, ces expériences rappellent le « caractère précieux de toute vie humaine »3 dans les sociétés Modernes, et pas seulement en conduite automobile. La science tente par différents moyens d’améliorer et de préserver la Vie. Apparu à la chute de l’Ancien régime, époque à laquelle la barbarie était omniprésente dans les relations sociales, ce paradigme est réapparu après la deuxième Guerre Mondiale qui a été le théâtre d’un déchaînement de violence. Le projet de société de N. Wiener érige alors la communication en valeur nouvelle visant à empêcher la dégradation du monde et ce qu’il appelle « l’entropie », autrement dit le désordre inverse de l’ordre généré par l’information4. Il faut donc voir dans les expériences pilotes une tentative de rationalisation de la circulation routière afin d’éviter le chaos créé par la diffusion massive de l’automobile.


 

Aussi lorsqu’en l’an 2000, chercheurs et ingénieurs discutent sur le thème de « l’automobile du futur », ce qui ressort de leurs discussions tourne effectivement autour de l’idée d’une voiture plus propre et respectueuse de l’environnement, plus sûre, intelligente et communicante. Pour ce faire, on mise encore sur les innovations technologiques ainsi que le précise un intervenant : « l’évolution la plus significative viendra de la diffusion électronique et de l’introduction de dispositifs d’aide à la conduite »5, ce que J.M. Blosseville appelle « l’invasion de l’électronique ». La technologie constitue alors le moyen de rendre les véhicules plus sûrs. Qui plus est, le recours aux technologies d’aide à la conduite vise à prendre en charge certaines tâches de conduite comme souligne discrètement cette phrase du chercheur M. Parent : « petit à petit, l’électronique prend le contrôle »7. C'est à dire que différents systèmes agissent dans la conduite sans même que le conducteur le perçoive. Qui plus est, on nous annonce qu’il s’agit d’une tendance technologique irréversible constituée en dogme : « c’est la grande révolution du XXIè siècle ». Au passage, on note comment la dénomination « K 2000 » renvoie à cette notion d’entrée dans la Modernité au seuil d’un nouveau siècle dont le maître mot est la sécurité. Ce véhicule est à cet effet futuriste.


 

activa1988-poste de conduite

Le poste de conduite du prototype Citroën Activa (1988).

 

Alors que le paradigme informatique s’installe dans la gestion des systèmes de l’automobile en même temps s’instaure une foi dans les systèmes informatiques comme réponse aux problèmes de sûreté dans les transports au point de devenir un dogme, c'est à dire la seule alternative. Désormais aucune autre solution n’existerait que celle proposée comme le précise le site Internet du laboratoire du LaRA : « la seule manière pour bien améliorer l'efficacité (définie comme débit maximum par unité d'espace) et en même temps réduire le nombre des accidents est celle de retirer le conducteur du cycle de contrôle »8. Le projet ultime des STI est donc d’écarter le conducteur de la tâche de conduite ! Comme le rappelle cet extrait de la série : « c'est vous qui avez tout provoqué, il aurait fallu que vous laissiez la conduite à votre ordinateur », c’est l’humain qui est source de risque et l’informatique est en mesure de pallier aux défauts du conducteur et d’apporter une augmentation de la sécurité. Tel pourrait être le discours que les vendeurs de voitures ou même l’Etat nous tiendront un jour.

 

Comme le rappelle G. Ribeill, l’un des ressorts de l’imaginaire social de l’ingénieur est de « justifier les objets nouveaux qu’il enfante par leurs multiples et toujours heureuses retombées »9. C’est ainsi que pour concevoir la « voiture intelligente et propre », les projets des ingénieurs envisagent de recourir aux technologies d’aides à la conduite, de la sorte il sera possible d’atteindre l’objectif de moins d’accidents et de moins de morts sur les routes. La vision de la conduite automobile au cœur des projets d’automatisation de la conduite consacre un certain positivisme aux technologies : tout problème peut être résolu par la technologie. Et l’informatique est l’instrument de rationalisation de la conduite, traitant des données pour assurer la tâche de conduite en toute sécurité et pour suppléer le conducteur dans certaines tâches voire à terme le supprimer.


 

honda-civic-int4

Cela aurait pu être le tableau de bord de K2000 mais c'est celui de la Honda Civic en 2008.

 

Les systèmes sophistiqués qui sont embarqués dans la voiture K 2000, qui est présentée comme un prototype, sont finalement très proches des aides à la conduite qui sont aujourd’hui intégrées dans l’automobile. En effet, K 2000 comporte l’élément principal composant la « voiture intelligente » : l’informatique. C’est elle qui est derrière le tableau de bord sophistiqué et qui coordonne ses organes et ses capteurs ou son scanner, et gère l’automatisation de la conduite. Aussi, peut-on dire que la description des fonctions de cette voiture comporte avant l’heure les fondements de la voiture intelligente telle que les ont définis les chercheurs qui s’appuient sur le paradigme informatique pour augmenter la sécurité. Nous constatons aujourd’hui que la réalité commence à rejoindre la fiction.

 

 

 

Finalement nous avons vu que les aides à la conduite sont rendues possibles par la présence de l’informatique dans le fonctionnement du véhicule. Ces différents systèmes sophistiqués dont le champ d’application est vaste sont intégrés dans les véhicules d’aujourd’hui et interviennent dans la conduite pour assister le conducteur. La voiture intelligente n’est autre que l’intégration aboutie de ces différentes technologies présentes dans les véhicules d’aujourd’hui. Et c’est ce qui est en train de se passer. En équipant leurs véhicules de différents systèmes, les constructeurs automobiles réalisent une introduction progressive des innovations sans bouleversement du mode de transport automobile. Plus encore, c’est le concept d’un système d’autoroute automatisée (AHS) pas à pas que les constructeurs préparent avec l’introduction de technologies clés dans le processus d’automatisation de la conduite avec lesquelles les conducteurs se familiarisent progressivement sans changement de leur mode de transport favori10.


 

Aussi, au regard des fonctions présentes dans la voiture K 2000 et de sa finalité (la sécurité), celle-ci peut apparaître comme une « voiture intelligente » au sens où l’entendent les spécialistes de l’automobile. Bien sûr on pourra opposer le fait qu’elle n’emporte que des gadgets, de la même façon que nous pouvons dire cela des voitures actuelles alors que jusqu’à présent nous avions satisfaction de voitures qui marchaient sans recourir à l’informatique. Toutefois, afin d’offrir plus de sécurité et de se conformer aux réglementations européennes en matière de normes de sécurité, les ingénieurs des firmes automobiles intègrent des systèmes d’aides à la conduite perfectionnés visant à informer, à corriger et à intervenir dans la conduite. C’est ce que proposait déjà K 2000 en 1982 d’une façon sympathique et ludique et moins inquiétante que celle qui se dessine à présent.

 

 

Le prochain article prendra appui sur des extraits dialogués de la série K 2000 pour illustrer l’avant-gardisme de ses systèmes et la réalité de l’intégration de telles technologies dans les voitures actuelles.


 

Références :

1 K2000, série télévisée américaine créée par Glen A. Larson, Universal Studio, 1982.

Site internet français sur la série: http://www.knight2000.net/k2000.html

2 MALATERRE, SAAD, « Les aides à la conduite : définitions et évaluations », Le Travail Humain, tome 19, n°4, 1986, p.336.

3 BRETON, « L’utopie de la communication », La Découverte/Poche, 1992, p.70.

4 Ibid., p.32.

5 « Actes du colloque ‘la voiture intelligente’ », 2000, p.33.

6 Ibid., p.17

8 Site Internet du La Route Automatisée : http://www.lara.prd.fr/fr/ourvision.php. Il s’agit d’un laboratoire français visant à développer des véhicules automatisés.

9 RIBEILL, « De l'objet technique à l'utopie sociale », Réseaux n° 109, 2001, p.139.

10 ORSELLI, CHANARON, « Les systèmes intelligents de transport. Vers l'automatisation de la conduite », Paradigme, 2001, p.265. « Pour Toyota, le véhicule à boîte automatique, doté d’un cruise contrôle intelligent (AICC), pourrait ensuite recevoir un freinage automatique, pourrait recevoir un dispositif de contrôle latéral (suivi de ligne), pourrait coopérer avec d’autres pour traiter les problèmes de stop and go. L’activation –et la désactivation – des systèmes AHS selon les ‘zones’ avec ou sans AHS pourrait être faite par le GPS (déjà répandu). Etc., etc., etc. ». Notez que ces différentes technologies sont présentes dans les véhicules commercialisés à ce jour.

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Published by Emmanuel Pagès
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