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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 22:01
casse auto 80-90's

 

Le bilan actualisé avec les données 2011 se trouve à cette adresse:

La disparition des véhicules des années 80-90 : en 2011, la baisse se creuse.

 

 

Les années défilent, les voitures passent et finissent leur route à la casse.


Dans cet article, je propose un état des lieux chiffré du parc automobile français en prenant le cas des véhicules de marque française des années 80 et 90. En effet, ce choix est motivé par la large diffusion des marques françaises dans le paysage automobile français. Ainsi selon les données du CCFA1, en 1980 les marques françaises comptabilisaient 83,3% des véhicules vendus sur le territoire puis 71,6% en 1990 pour atteindre 68,6% en 2000 et 66,8% en 2008. J’illustrerai cependant le portrait du parc avec quelques données sur les véhicules de marques étrangères des années 1980-1990.


En France, le parc automobile était estimé à 16,7 millions en 1980 et atteignait en 2008 les 33 millions de véhicules. Un tiers du parc automobile a plus de 10 ans, soit environ 10 millions d’automobiles et 1 voiture sur 10 a plus de quinze ans, soit 3 millions. A noter aussi que l’âge moyen du parc a augmenté entre 1980 et 2008, passant de 5,8 années à 8,1 années. Chiffres qui soulignent soit une longévité accrue de la mécanique automobile, soit des achats en baisse liés aux difficultés économiques rencontrées et/ou au refus du modèle de la société de consommation qui repose sur le renouvellement rapide des véhicules. Un vieillissement du parc donc, que la prime à la casse aura peut-être contribué à enrayer en 2009, étant donné que les véhicules de plus de dix ans ont été concernés par la prime à la casse gouvernementale, ce qui pourrait se traduire par une diminution du nombre de véhicules anciens.


Il existe peu de données accessibles sur le nombre de véhicules en circulation en France, notamment par marque et par modèle. Les chiffres que nous utilisons sont ceux fournis par l’UTAC qui correspondent au nombre de véhicules contrôlés sur une année. En 2007, 17,21 millions de visites initiales ont été réalisées. Le contrôle technique (CT) automobile est obligatoire depuis le 1 janvier 1992 pour tous les véhicules âgés de 4 ans, tout véhicule doit s’y soumettre ensuite tous les deux ans. Lorsqu’un véhicule de plus de 4 ans est vendu, celui-ci doit avoir un contrôle technique datant de moins de 6 mois. Les chiffres du CT concernent le parc roulant mais ne reflètent pas forcément le parc existant réellement (véhicules non détruits). En effet, on trouve des véhicules au fond des jardins (pas forcément épaves mais non utilisés) ou des véhicules volés jamais retrouvés croupissant dans quelque endroit. Certains sont encore en état (de marche relatif) mais ne figurent pas dans les statistiques du CT et donc ne circulent plus sur les routes. Certains véhicules ont passé le CT dans l’année mais ont pu être accidentés (classés épaves et donc ne roulant plus) et encore comptés en circulation pour l’année (combien ?).


Alors que les véhicules de 25 ans et plus pouvaient être classés véhicules de collection et être dispensés de CT dès lors qu’ils étaient classés comme tels après avoir été soumis à une dernière visite, depuis le 15 octobre 2009 sont considérés comme véhicules de collection, les véhicules ayant au moins 30 ans (en 2010, cela nous donne un véhicule antérieur à 1980). De plus, depuis 2009, ils sont soumis à un CT tous les 5 ans2. Cela signifie que l’on va retrouver dans les données de l’UTAC des véhicules anciens qui ne passaient plus le CT. Donc les données de l’année 2010 feront apparaître un retour de véhicules anciens, ce devrait permettre de mieux établir leur nombre.


Hormis les incertitudes que nous avons mentionnées, nous pouvons donc considérer les chiffres de l’UTAC comme de bons indicateurs de la population dans le parc automobile de véhicules du début des années 80 jusqu’à la fin des années 90. Pour les trois constructeurs français, je présente le nombre de véhicules passés au CT pour les années allant de 2006 à 2009. Il s’agit des modèles principaux chez ces constructeurs allant de la citadine à la berline haut de gamme dans la mesure où les données me sont disponibles. Partant du principe réglementaire qu’un véhicule passe le CT tous les deux ans, pour avoir le total des véhicules en circulation pour un modèle donné, il faut cumuler deux années consécutives (addition des colonnes a, b et c, d). Nous précisons le nombre de véhicules ayant été retirés de la circulation et mises au rebut entre les deux périodes dans la colonne « diff (a+b)-(c+d) ». Plus intéressant encore, le pourcentage de véhicules restant entre deux intervalles du CT qui témoigne des véhicules encore en circulation (colonnes « (a-c) » et « (b-d) »).


Fig.1 Tableau récapitulatif des véhicules de marques françaises ayant passé le CT entre 2006 et 2009 (données UTAC3).

voitures françaises 80-90

Analyse d’un point de vue général :

Ce que nous apprend ce tableau, c’est que dans l’ensemble les chiffres sont stables, la diminution de la part de chaque véhicule se poursuit progressivement dans le temps. Il n’apparaît pas de seuil marqué dans le processus de mise au rebut des véhicules de plus de dix années. La prime à la casse de 2009 ne se traduit pas par un effet notoire en termes d’accélération de la disparition de ces véhicules. Aussi, compte tenu de la crise économique et du souci de praticité, de simplicité et d’économie d’entretien comme critère pour la possession d’un véhicule, on peut alors se demander s’il ne pourrait pas y avoir un ralentissement de la mise à la casse de ces véhicules.

On pourrait penser que les propriétaires de véhicules de plus de 10 ans n’ont pas décidé à mettre au rebut leur véhicule pour acquérir du neuf ou un plus récent voire même pour bénéficier de la prime à la casse qui implique l’achat d’un véhicule neuf, ce qui n’est pas à la portée de toutes les bourses. Rappelons-nous de la « carrière sociale » des véhicules décrite par Luc Boltanski en 1975 précisant que les classes défavorisées sont celles qui possèdent les véhicules les plus anciens contrairement aux classes favorisées qui roulent avec les plus récentes1. Il ne s’agit pas ici d’entrer dans une analyse sociologique du parc automobile, mais sachant les coûts d’assurance et d’entretien de véhicules plus récents, on peut envisager que pour ces raisons les automobilistes aux revenus modestes conservent un véhicule ancien qui leur donne satisfaction.

Ce sont les voitures les plus anciennes au catalogue des constructeurs qui accusent la plus forte baisse quel que soit le constructeur et quelle que soit la gamme. Lorsqu’une ou deux générations lui ont succédé, le véhicule ancien affiche des prestations dépassées. C’est le cas de la Citroën BX (remplacée depuis par la Xantia et C5 I et II), de la Peugeot 309 (306, 307, 308) ainsi que pour la Peugeot 405 (406, 407). Pareillement chez Renault avec la R5 (Clio I, II, III), la R9/R11 (R19, Mégane I, II, III) ainsi que la R21 (Laguna I, II, III). Phénomène qui est aussi marqué pour les berlines haut de gamme telles que la XM (C6), la 605 (607) ou la R25 (Safrane et Vel Satis). Néanmoins, on observe que les citadines résistent mieux à l’érosion que les berlines, à l’image de la Peugeot 205, de la Citroën AX et des Renault Clio I et R5, pourtant distancées par la sortie de nombreux nouveaux modèles. Cantonnées à des usages restreints, plus simples, elles poursuivent une longue carrière (courts trajets, utilitaires) sans engendrer de frais importants. Il faut aussi envisager les usages comme critère de conservation du véhicule ancien.


Dans le détail des marques :


- Pour les véhicules de marque Citroën, la diminution est très marquée pour la BX, même si elle se ralentit dans le temps, elle oscille entre (-43,6% et -41,8%) et son nombre passe en dessous des 113.000 exemplaires2, dont probablement peu de premiers modèles. La XM arrive ensuite avec une baisse de 33%, ce qui est important pour un véhicule dont la production a continué jusqu’en 2001, à ce rythme il est fort possible que cette baisse affecte aussi bien les premiers modèles que les derniers. L’AX poursuit une tendance à la baisse déjà marquée (-29,5%), en 2009 elle passe sous la barre des 400.000 unités comme pour les autres Citroën sauf la Saxo. La ZX confirme une tendance à la baisse régulière entre les deux périodes avec -22,2%. Si pour l’heure la Xantia poursuit à la baisse, rappelons qu’elle a été commercialisée jusqu’en 2001, cette baisse est sur le point de franchir le seuil des 20% (-19,7%). En comparaison, la Saxo plus récente ne connaît qu’une baisse légèrement supérieure à 10% et stabilisée sur les deux périodes.


- Pour les véhicules de marque Peugeot, la baisse est très marquée pour la 309 (-34,4%) en léger ralentissement, avec moins de 200.000 unités. Pour la 605, la diminution est de 32,8%, presque au même niveau que sa cousine la XM. Pour la 405, la baisse est de 32,4% mais elle se ralentit par rapport à la période précédente, avec 313.950 unités. Il en est de même pour la mythique 205 (-27,8%) qui passe bien en dessous de la barre des un million de véhicules. A noter que la 106 amorce son déclin avec une baisse en progression (de -13,6% à -15,5%). La 306, avec une baisse de 14%, n’entame pas une disparition accélérée, c’est même la Peugeot la plus diffusée avec plus de 800.000 unités en circulation. En revanche, on peut être surpris par le déclin amorcé de la 406 (de -10,5% à -12%), voiture commercialisée jusqu’en 2004, ce sont donc les premiers modèles qui disparaissent.


- Pour les véhicules de marque Renault, on relève plusieurs baisses importantes. C’est près de la moitié des R9/R11 (-49% puis -44,6%) qui ont disparu avant de marquer un ralentissement, établissant leur nombre en dessous de 60.000. La berline haut de gamme R25 connaît une baisse importante régulière sur les deux périodes (-42,4% puis -40,2%), là encore avec un ralentissement de la baisse, avec encore près de 80.000 unités. La R21 enregistre une baisse constante autour de -37,8% puis -36,3%, avec encore quelques 270.000 véhicules. La célèbre R5 connaît une diminution importante (-35,3% puis -35,4%) même si celle-ci se calme, on en trouve aujourd’hui près de 395.000, mais il s’agit probablement des Super Cinq plus que des premières R5. La R19 est sur une tendance à la baisse accrue (-31,4% puis -32,4%), signant son abandon progressif, avec encore quelques 415.000 exemplaires. La Renault 4L, bien que nous n’ayons pas de données pour la première période, montre une diminution de -23,9%, encore important pour des véhicules produits pendant près de 30 ans. Avec un rythme accéléré, la Clio 1 entre dans une phase de mise au rebut importante avec une baisse successive de -22,8% puis de -26,4%. Mais elle est encore très présente dans le parc avec plus de 400.000 unités. Elle pourrait avoir fait massivement l’objet de primes à la casse en 2009.


Parmi les véhicules se situant dans les années 90, on trouve la Safrane (-22,8% puis -22,4%), il en existe moins de 150.000. La Mégane I est aussi concernée par une disparition qui devient importante bien qu’en stagnation (de -19,9% à -20%) avec toutefois plus d’un million d’exemplaires en circulation ! La Laguna I est aussi marquée par une baisse de 18,8% suivie d’une autre de -20,4%, on en trouve quelques 445.000 exemplaires. Le Renault Espace II accélère son rythme de disparition en passant de -17,9% à -19,2% avec à peine plus de 138.000 unités. Mais tous aussi surprenant, c’est l’Espace III qui n’est pas loin avec une baisse de 12,6% avant une accalmie importante à -9,6%, retour au réalisme dans le marasme économique.

 


Au regard de ces tendances, on mesure mieux la disparition en cours ou à venir des voitures des années 80-90 dans lesquelles, pour les uns, nous avons grandi et pour les autres que nous avons conduites, parfois les deux. Elles représentent une époque qui s’éloigne à mesure que disparaissent certains de ces modèles. Au-delà de l’évidence que les années balaient les anciens modèles, on découvre ici le processus temporel de disparition des véhicules anciens. C’est donc avec une certaine constance que disparaissent les véhicules des années 80-90, sans afficher de paliers, laissant penser que pour certains véhicules les paliers importants ont été enregistrés avant la période étudiée ici même. Quoi qu’il en soit, les anciennes des années 80-90 font de la résistance malgré les offres alléchantes des constructeurs pour l’achat de véhicules neufs. De ces chiffres, il ressort un certain tassement de la mise au rebut de ces véhicules et ce malgré la prime à la casse ! Achats en baisse à l’heure des difficultés économiques. Et de se demander si n’ont pas bénéficié de cette prime des véhicules plus récents ! J’y reviendrai dans un autre article.


Si la nostalgie peut s’emparer de nous à juste titre, il faut aussi se demander dans quelle mesure la disparition progressive de ces anciens véhicules largement répandus dans le parc automobiles et l’achat de nouveaux véhicules contribuent à la baisse de l’accidentologie routière et à l’amélioration de la sécurité ? Ainsi le remplacement des Peugeot 205 (et autres Clio1, AX, R5), au profit de la 206 puis de la 207 pourrait expliquer, pour partie, la diminution de la mortalité. L’arrivée de nouveaux véhicules, dont les prestations en matière de sécurité primaire ainsi que de sécurité secondaire sont de haut niveau comparées aux précédentes générations de véhicules, s’ajoute aux changements de comportements dans les progrès observés en matière de sécurité routière.


Difficile de dire si les voitures des années 80-90 étaient meilleures que les voitures d’aujourd’hui. Bien sûr, la consommation, la pollution, le confort et la sécurité sont les avantages majeurs des nouvelles voitures mais est-ce suffisant pour reléguer les anciennes à la ferraille ? Pas si sûr. Leur rusticité, leur praticité en font des outils de mobilité pour les petits budgets ou les petits rouleurs. Elles suscitent aussi la passion des collectionneurs au regard de leurs lignes désuètes d’une époque pas si lointaine mais suscitant l’émotion. Cependant rouler en ancienne, c’est jouer contre le temps et donc contre l’usure, et souvent c’est la rareté des pièces qui condamne le véhicule ancien.


Toujours est-il que le visage du parc automobile se transforme inexorablement à mesure que passe le temps et qu’arrivent les nouveaux modèles dont les ventes ont été dopées ou non par les primes à la casse. Les données de l’année 2010 nous permettront d’affiner la tendance amorcée ces quatre dernières années. La photo d'introduction étant déjà révélatrice de ce qui se faisait en 2008.

 

 

Annexes :

Fig.2 Tableau récapitulatif des véhicules de marques étrangères ayant passé le CT entre 2006 et 2009 (données UTAC3).

voitures étrangères 80-90

 

Les données montrent la disparition des modèles les plus anciens comme la Corsa I et la Corsa II (respectivement -46,1% et -16,76%) ou la Golf II et Golf III (respectivement -46,42% et -30,4%). A l’image des véhicules français, la prime à la casse n’a pas eu un effet accélérateur dans la disparition des véhicules de marques étrangères. Là aussi, on observe un ralentissement de la disparition de certains modèles comme la Vectra II, très marqué pour la Golf II et moins pour la Golf III, ainsi que la Fiat Panda. Ce qui attesterait d’un retour en grâce de ces modèles ! Au contraire, d’autres confirment leur tendance à la baisse, à l’image de la Corsa I et II, l’Astra I, la Ford Escort et Fiesta III. On notera cependant que les chiffres pour la disparition des véhicules étrangers est plus marquée que pour les véhicules de marques françaises.

 

Références:

1 Comité des Constructeurs Français d’Automobiles, Statistiques automobile 2008, 20091 BOLTANSKI, « Les usages sociaux de l’automobile », Actes de la Recherche en Science Sociales, n°2, pp.25-49

2 http://www.ffve.org/?option=com_content&view=article&layout=simple&id=60&menu_id=106&Itemid=51

2 Le nombre de véhicules en circulation est celui pour l’année 2009.

3 Disponibles pour l’année écoulée : http://www.utac-otc.com/fr/ctvl/bilan_veh_2.asp

 

 

 

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Published by Emmanuel Pagès
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