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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 17:43
Fin de vie automobile

Fin de vie automobile

« La beauté des machines est éphémère ; en quelques années elle passe du prestigieux au ridicule ; et la belle bagnole doit attendre dans quelque purgatoire poussiéreux que le temps lui rende ce style propre aux bahuts et aux torpédos de haute Epoque ».

B. Charbonneau, L’hommauto, 1967, p.54.

 

 

Combien reste t-il de véhicules français qui ont marqué les années 1980-1990 ?

Cette nouvelle version du bilan du parc de véhicules français des années 1980-1990 en circulation sur les routes françaises apporte une réponse à partir des données chiffrées issues du contrôle technique pour l’année 2014 pour les 26 véhicules les plus diffusés sur le marché français.

 

Si la disparition des modèles de véhicules les plus anciens apparaît comme inexorable, l’intérêt de réaliser un tel bilan est de quantifier les modèles restants en circulation à une époque donnée et de proposer quelques éléments qualitatifs pour tenter d’expliquer leur rythme de sortie du parc. Une représentation graphique de l’évolution des différents modèles de véhicules pour la période 2004-2014 présente une approche visuelle du phénomène de sortie du parc au cours du temps.

 

Rappel sur la méthodologie :

Il n’est pas aisé de trouver des données sur le nombre de véhicules en circulation en France par marque et par modèle. Les chiffres que nous utilisons sont ceux fournis par l’UTAC-OTC qui correspondent au nombre de véhicules soumis au contrôle technique sur une année[1]. Pour l’année 2014, le volume d’activité s’élevait à 16,8 millions de visites techniques périodiques pour les véhicules particuliers[2]. Pour information, le bilan des 26 véhicules français des années 80-90 que nous proposons englobe 5,7 millions de véhicules, ce qui représente près du tiers du parc contrôlé. Rappelons que le contrôle technique (CT) automobile est obligatoire[3] depuis le 1 janvier 1992 pour tous les véhicules âgés de 4 ans et plus, tout véhicule doit s’y soumettre ensuite tous les deux ans. Lorsqu’un véhicule de plus de 4 ans est vendu, celui-ci doit avoir un contrôle technique datant de moins de 6 mois.

 

En conséquence un véhicule revendu plusieurs fois va être compté plusieurs fois dans ces statistiques et peut venir ainsi légèrement augmenter les véhicules décomptés sur une période de deux ans consécutifs. Cependant, on peut supposer que les véhicules des années 80-90 ne sont pas parmi les véhicules les plus échangés sur le marché de l’occasion, et ne viendront « gonfler » les statistiques. En définitive, il faut retenir que seuls les véhicules qui sont passés au contrôle technique sont les seuls qui circulent légalement sur les routes. C’est sur cette base que nous donnons une estimation du parc en circulation qui peut être considérée comme réaliste.

 

Si les chiffres du CT concernent le parc roulant, ceux-ci ne reflètent pas forcément le parc existant réellement (véhicules non détruits). En effet, on trouve des véhicules au fond des jardins et des garages (pas forcément épaves mais non utilisés) ou des véhicules volés jamais retrouvés croupissant dans quelque endroit hors de la vue. Certains sont encore en état (de marche) mais ne figurent pas dans les statistiques du CT et donc ne circulent pas à l’heure actuelle sur les routes et s’ils reprennent la route cela ne représenterait qu’un faible nombre. Certains véhicules ont passé le CT dans l’année mais ont pu depuis être accidentés (classés épaves et donc ne roulant plus) et être encore comptés en circulation pour l’année (difficile de dire combien cela représente). La diminution de certains modèles dans le parc total de véhicules peut s’effectuer en dépit d’un contrôle. Notamment si l’on considère la circulation d’un nombre de véhicules n’ayant plus un contrôle technique en cours de validité, ce qui les sort des statistiques de l’UTAC alors que ces véhicules circulent toujours, mais dans l’illégalité, en attendant un éventuel retour après avoir effectué celui-ci tôt ou tard.

 

Alors que les véhicules de 25 ans et plus pouvaient être classés véhicules de collection et être dispensés de CT dès lors qu’ils étaient enregistrés comme tels après avoir été soumis à une dernière visite, depuis le 15 octobre 2009 sont considérés comme véhicules de collection, les véhicules ayant au moins 30 ans (en 2014, cela nous donne un véhicule antérieur à 1985). De plus, depuis cette date, ils sont soumis à un CT tous les 5 ans. C’est ainsi que tous les véhicules doivent se soumettre au contrôle technique : « à défaut de date d’échéance de contrôle technique mentionnée sur le certificat d’immatriculation, les véhicules de collection mis en circulation à compter du 1er janvier 1940 doivent faire l’objet d’un contrôle technique périodique au plus tard en 2011 » [4]. Cela aurait dû signifier que dans les données de l’UTAC on allait trouver les véhicules les plus anciens qui ne passaient plus le CT et qui pour circuler doivent nécessairement se soumettre au contrôle. D’après le bilan annuel de l’UTAC, ce sont 20.326 véhicules de collection qui ont été contrôlés en 2014[5]. Cela signifie que ces véhicules ne réapparaîtront que dans 5 ans pour leur prochaine échéance. Ceci dit, on peut envisager qu’un nombre limité de véhicules des années 80-90 passent à l’heure actuelle en carte grise collection, ce qui devrait limiter leur disparition dans les statistiques du CT.

 

Malgré cela, dans le détail des chiffres par véhicule n’apparaissent toujours pas les données sur les véhicules les plus anciens tels que les Citroën DS ou autres véhicules. En effet, quand ses effectifs sont très faibles, le véhicule n’apparaît plus dans le décompte publié sur le site Web de l’UTAC (exemple de la Talbot Solara ou de la R12, en dessous de 200 exemplaires annuels).

 

Hormis les incertitudes que nous venons de mentionner, nous pouvons donc considérer les chiffres de l’UTAC comme un indicateur fiable du parc roulant de véhicules de l’époque des années 80 jusqu’au milieu des années 90 pour. Pour les principaux modèles des constructeurs français allant de la citadine à la berline haut de gamme, je présente le nombre de véhicules passés au CT pour les années allant de 2004 à 2014.

 

Pour établir le bilan chiffré du parc d’anciens véhicules, nous partons du principe réglementaire qu’un véhicule en carte grise normale passe le CT tous les deux ans, pour connaître l’effectif total des véhicules encore en circulation pour un modèle donné, il faut cumuler deux années consécutives d’effectifs de véhicules contrôlés. Ainsi lorsque nous fournissons les effectifs pour un modèle, on aura additionné les véhicules ayant passé le CT en 2013 et ceux l’ayant passé en 2014, et l’on désignera cela comme étant l’effectif en 2014.

Pour présenter l’évolution de ce parc dans le temps, nous recourons à deux indicateurs :

- D’une part, un pourcentage de variation entre deux périodes de contrôle technique (court terme), dont le calcul s’effectue sur la différence d’effectifs entre deux années de passage au contrôle technique, soit pour cette année la différence entre 2014 et 2012. Pour continuer à circuler un véhicule passé au contrôle en 2012 devait avoir obligatoirement réalisé son contrôle technique en 2014.

- D’autre part, un pourcentage de variation sur le long terme des effectifs de véhicules. Pour ce faire, nous procédons à la somme des effectifs de véhicules pour deux années consécutives (« 2013+2014 » pour le bilan de l’année 2014) puis nous en faisons la différence avec la période de référence (ici « 2006+2007 », soit l’année 2007) puis nous calculons un pourcentage de variation.

 

 

Bilan 2014 :

 

Citroën :

 

 

Véhicules Citroën

Véhicules Citroën

Dans l’intervalle de deux années de CT (2014 versus 2012), on observe quelques changements la disparition des différents modèles Citroën avec un rythme de disparition qui faiblit pour les AX, BX, XM et un peu moins pour les ZX. Pour l’ensemble des véhicules de la marque, le parc poursuit légèrement en baisse à -10%, confirmant l’accalmie amorcée depuis 2011 (-11,1% en 2013, -12,4% en 2012). Le parc de Citroën observé passe sous la barre symbolique des 1 millions (931.713 véhicules).

 

- La BX est le modèle qui enregistre la plus forte baisse avec -36,5% (contre -45,7% précédemment), avec ceci dit un rythme de disparition historiquement faible depuis le début de nos observations (en 2010, -39,8%). En 2014, il y avait 28.924 exemplaires sur les routes. Autant dire que c’est bien peu par rapport à la production d’origine, mais une accalmie qui pourrait bien révéler un intérêt pour la BX qui maintenant n’est clairement plus choisie pour ses prestations (largement dépassées) ou pour son faible coût d’entretien. Il est probable, en 2015, qu’il s’agisse de personnes désireuses de la conserver à des fins de collection en raison de son style si particulier, avec notamment les véhicules issus de la série 1 qui ne courent plus les rues.

 

- Pour la XM, la baisse de ses effectifs est de -30,3% (contre -33,6% précédemment), ce qui confirme une disparition en légère baisse au fil des ans. Il y a 20.411 véhicules qui circulent encore sur les routes. La XM, modèle haut de gamme, garde un attrait avec un standing élevé dans la gamme Citroën. Ceci peut expliquer le fait qu’elle maintienne ses effectifs à un niveau proche de la BX (comparé à sa faible diffusion par rapport à la large diffusion de la BX), mais aussi parce la XM a été produite jusqu’en 2000. Ces différents éléments font que la XM tend à mieux résister que la BX.

 

- Le modèle AX enregistre une baisse dont le rythme faiblit avec -25,6% (contre -30,5% pour la période précédente), valeur la plus basse observée, confirmant un rythme de disparition qui se tasse au fil des ans. On trouve 149.274 véhicules en circulation. Il est encore trop tôt pour dire qu’elle gagne sa respectabilité en collection mais peut-être convainc t-elle par ses prestations pour de petits trajets ?

 

- La ZX confirme à nouveau un rythme de disparition en ralentissement, même si c’est une légère baisse de -24,2% (contre -25,4% précédemment). Il en circule de nos jours 182.366 exemplaires. La ZX de même que l’AX accusent un âge avancé et ne manquent pas de concurrentes plus contemporaines offrant des prestations convenables (Saxo, Xsara) mais elles montrent encore leur large implantation sur le parc automobile confirmant leur caractère populaire (au sens succès commercial) depuis leur sortie.

 

- La Xantia avec -23,4% (contre -22,7% précédemment) voit ses effectifs disparaître à un rythme en légère hausse après avoir marqué une pause. Elle enregistre des effectifs encore importants, soit 202.173 véhicules. La Xantia semble modérer sa tendance à la baisse et ne semble pas être emportée par une vague de « désamour » qui touche les véhicules au fil des ans - surtout les berlines. Peut-être compte tenu qu’il s’agit d’un véhicule qui a été produit jusqu’en 2001 et qui d’un point de vue technique traverse plutôt bien les années.

 

- La Saxo maintient ses effectifs à un niveau important avec 360.764 véhicules. Elle conserve un rythme de disparition quasi stable malgré son rythme en légère progression avec une baisse de seulement -6,7% (contre -6% précédemment). Elle tend à s’imposer comme une valeur sûre et économique. Peut-être est-elle utilisée comme seconde voiture pour de petits trajets ?

 

 

Si l’on prend deux périodes de comparaison aux extrémités de notre échelle temporelle d’observation, d’une part le cumul pour les années 2006 et 2007 et d’autre part le cumul pour les années 2013 et 2014, on découvre que 85,4% du parc de BX a disparu, 75,1% des XM et 71,2% des AX. Les baisses sont de -61,9% pour les ZX et -57,6% pour les Xantia. On vérifie ainsi que ce sont toujours les modèles les plus anciens qui sont les plus touchés par cette sortie du parc en circulation en lien avec le vieillissement du véhicule (coût élevé des réparations) et de ses prestations qui finissent par « dater », ce qui peut être la raison de leur sortie du parc avec un remplacement par un véhicule plus récent.

 

 

Peugeot :

 

 

Véhicules Peugeot

Véhicules Peugeot

Peugeot enregistre un rythme de disparition faible de ses véhicules avec pour l’année 2014 -9,3% (contre -10% précédemment, et -11,4%). Rythme le plus faible parmi les constructeurs français. Depuis 2011, le rythme de baisse de sorties du parc s’opère par paliers progressifs.

 

Pour les modèles les plus anciens :

- Cette année c’est la 605 qui est le modèle de chez Peugeot qui disparaît le plus. Le rythme est toujours important à -35,2% (contre -37,5% par rapport à la période précédente. Il y en a encore 17.159 en circulation. Véhicule haut de gamme, elle subit un désamour lié à son positionnement haut de gamme qui a perdu de sa superbe, et ce malgré une production jusqu’en 2000.

- Autre surprise cette année, la 405 se positionne en deuxième avec une baisse de -32,5% (contre -36,4% précédemment). Une baisse la plus faible cette année après celle de 2010 avec -31,5%. Il en circule de nos jours 108.893.

- La grande gagnante dans ce jeu de chaises musicales, c’est la 309 dont la baisse s’atténue avec seulement -31,4% (contre 38,5% précédemment). Il reste 57.180 véhicules en circulation. Assez proche de sa cousine la 405 au niveau des années de production, elle résiste assez bien au temps qui passe. Elle peut être vue comme une bonne représentante des Peugeot de l’époque 80-90.

- Le célèbre numéro « 205 » voit sa baisse ralentir nettement à -24% (contre -30,8% précédemment, après le pic à -31,9% en 2012). Rythme au plus bas depuis nos observations. Il y a 318.793 véhicules en circulation. Elle tend donc à se maintenir, peut-être par sa production assez contemporaine (jusqu’en 1998), par la simplicité et la longévité de sa mécanique, sans non plus négliger l’intérêt en collection.

 

Pour les modèles les plus récents :

- La 306 est le véhicule en tête en termes de rythme de disparition, celui-ci s’accélère un peu avec une baisse de -14,2% (contre -13,2% précédemment après des baisses de -18,8% et de -14,1%). Il y en a 557.892. Cela semble encore indiquer un intérêt pour ce modèle

- La 106 maintient son rythme de disparition à un niveau stable avec -13,7% contre -13,2% précédemment. Nous en trouvons sur les routes 493.600. Relevons qu’il s’agit d’un modèle produit jusqu’en 2003. Comme pour la Saxo, c’est un modèle qui peut intéresser les petits rouleurs et les personnes modestes ?

- Enfin, la 406 voit son rythme de disparition repartir en hausse avec les derniers chiffres qui font état d’une baisse est de -13,2% (contre -9,7% précédemment). Elle ne confirme pas son retour en grâce. Leur nombre est de 383.176.

Ces trois modèles de véhicules, qui ont été produits jusqu’au début des années 2000, limitent leur sortie du parc automobile et l’on remarque qu’en 2014, les possesseurs de ces « anciens » modèles ne semblent pas massivement enclins à s’en défaire malgré des prestations de confort et de sécurité qui sont dépassées à l’heure où le nouveau modèle (par exemple la 308) se diffuse sur le marché du neuf et rend largement disponible sur le marché de l’occasion le modèle intermédiaire (307) qui présente des prestations de bonne facture (sécurité, confort, consommations). Il semblerait que ces véhicules conservent leur attrait (fiabilité, économique à l’usage et à l’entretien) pour 1,5 millions de possesseurs  qui pourraient bien y trouver des véhicules fonctionnels au regard de leur budget et de leurs pratiques de mobilité.

 

 

Au niveau des deux périodes de comparaison, d’une part les années 2006 et 2007 et d’autre part les années 2013 et 2014, on s’aperçoit que 78,5% du parc de 309 a disparu, pas très loin se trouvent les 605 (-77,6%), modèle haut de gamme pourtant produit jusqu’en l’an 2000 mais dont le standing ne rivalise plus avec ce qui se fait maintenant. Et juste derrière, les 405 qui ont vu près des trois quarts de leurs effectifs disparaître avec -76,6%. Ensuite, vient la 205 qui approche doucement de son dernier quart d’effectifs avec -69,5%. Tous ces modèles commencent à dater et affichent des prestations anciennes.

 

A côté de cela, il faut noter l’existence d’un groupe de véhicules plus récents qui enregistre des baisses modérées. Ainsi la disparition de la 106 reste plus modérée avec -45,9%, c’est une citadine qui a été produite jusqu’au début des années 2000. Enfin les 306 et 406 se situent sur des baisses respectivement de -42,7% et -34,5%. Elles aussi ont été produites assez tardivement.

 

 

Renault :

 

 

Véhicules Renault

Véhicules Renault

 

Pour les véhicules Renault, la baisse est de -34,1% en 2014 (contre -10,3% en 2013). Une franche disparition à des niveaux jamais observés ici (la plus forte baisse observée avait atteint -14,3% en 2009 !).

 

- La R25 marque son retour en réduisant son rythme de disparition, même si elle reste la plus délaissée, avec une baisse de -37% (contre -45,8% l’année précédente). Elle atteint ainsi pour la première fois sa plus faible baisse depuis 2010 (-37,8%) faisant suite à la pause que l’on avait vu se dessiner sur les périodes précédentes. Il en circule encore 20.431. Si, à l’image des autres berlines haut de gamme, elle n’a pas été épargnée par le désintérêt au fil des années, elle pourrait devenir un modèle collector.

- La R9/11 fait aussi partie des plus délaissées avec une baisse de -33,5% contre -44,2% par rapport à l’année précédente qui marquait déjà une période de stabilité. La tendance pourrait s’inverser et connaître un rythme de sortie plus faible. L’époque de la forte baisse de -49% observée en 2008 est loin et d’ajouter qu’il s’agit là de la plus faible baisse. Le nombre de véhicules en circulation est de 15.866.

- La R21 avec -35,7% (contre -42,3%) enregistre une baisse en net recul par rapport à l’année précédente (-41,5%). Elle représente 80.296 véhicules en circulation.

- La R19 avec -33,1% (contre -37,2% précédemment) limite à nouveau sa disparition. Une baisse progressive au fil du temps. Il en circule 137.069.

- La Super Cinq connaît une baisse de -28,3% (contre -36,5% en 2013), en ralentissement pour la troisième période consécutive. Une baisse qui reste modérée. On en dénombre 135.940.

 

- L’Espace II maintient son rythme de sortie du parc à -27,9% pour cette autre période (contre -26,2% en 2012 et -23,9% en 2011). Diminution à un ryhtme assez constant dans le temps. Il en circule 68.294.

- La Safrane avec -24,8% (contre -26,4% en 2013 marquée déjà par la stabilité depuis 2 périodes) passe un cap en réduisant son rythme de disparition. Ses effectifs se portent à 72.287 véhicules. La relative stabilité de l’évolution de ces deux modèles (et d’ailleurs de leur symétrie) confirme un regain d’intérêt parmi les possesseurs ou les automobilistes, peut-être parce qu’il s’agit d’un véhicule produit jusqu’en 2002.

- La Clio 1 avec -23,6% (contre -23,2% en 2013) s’installe dans une tendance montrant le ralentissement de son rythme de disparition. Ce sont 456.339 véhicules qui sont en circulation.

- Le Renault Espace I enregistre une baisse de -40,2% (contre -48,3% précédemment), très fort ralentissement. Il y a 8.252 véhicules en circulation.

- Pour la R4, la diminution se chiffre à seulement -12,7%, en très forte baisse par rapport à 2013 (-21,2%). Un niveau jamais vu depuis nos observations (le plus bas était de -19,1% en 2011). Les fluctuations du rythme de disparition restent modérées et révèlent une certaine résistance de ce modèle au fil des années. Il y en a 40.586 en circulation. Produite jusqu’en 1992 (soit pendant 31 ans), elle s’impose dorénavant comme un collector qui tend à limiter sa disparition. Malgré son grand âge pour la plupart de ses modèles, la R4 se classe parmi les véhicules ayant le plus faible rythme de sortie du parc !

 

- La Laguna I enregistre une baisse de -21,4%, en légère accentuation par rapport au -17% de la période précédente, interrompant une baisse qui s’amenuisait depuis 2011. Elle résiste au temps mais marque quelques soubresauts. A noter aussi que c’est un véhicule produit de 1994 à 2001. Il circule 259.928 véhicules.

- La Mégane 1 affiche une baisse abyssale entre deux périodes de contrôle technique à -61,1% (contre -6,7% pour 2011-2013). Elle compte 623.353 véhicules sur les routes contre 914.704 en 2013 !

- L’Espace III, dont les données avaient été assez surprenantes l’an passé avec une hausse de ses effectifs de 15,7%, affiche pour 2014 une baisse de -4,8%. Cela fait 145.686 véhicules en circulation contre 149.293 sur la période précédente (véhicule produit jusqu’en 2002).

 

Ces deux derniers modèles de chez Renault connaissent pas mal de soubresauts au niveau de leurs effectifs dans le parc de véhicules. En fait, il semble que nous touchons là à l’une des limites des chiffres données par le contrôle technique que nous utilisons pour établir le parc roulant. Étant donné que tout véhicule ayant un CT de plus de 6 mois doit subir une nouvelle visite pour être vendu, on peut avancer qu’un modèle de véhicule très diffusé et qui plus est qui ne sont pas particulièrement âgés qui attirent nombre d’automobilistes, surtout s’ils ont été produits jusqu’en 2002 comme celui-ci, vont s’échanger fortement sur le marché de l’occasion et vont donc gonfler les chiffres du contrôle technique. Ce qui a pour effet de créer des doubles comptes pour un même véhicule. Pour la Mégane I, il faut envisager cette baisse comme un ralentissement des transactions de ce véhicule qui circulait de main en main sur le marché de l’occasion. Cela signifie que ce véhicule ne s’échange plus autant qu’avant. Autrement dit moins de ventes, cela ne veut pas forcément dire que ces véhicules ne circulent plus (mise à la casse) mais plutôt que ceux-ci restent plus longtemps entre les mains de leurs propriétaires. A confirmer l’an prochain. Pour l’Espace III, il s’agit probablement là aussi de doubles comptes pour ce véhicule qui avait dû connaître de forts échanges sur le marché de l’occasion avant de revenir à un niveau

 

Ces fortes variations pour ces deux derniers véhicules assez récents peuvent aussi être mises sur le compte du fait qu’il s’agit de véhicules auxquels les possesseurs reconnaissent certaines qualités faisant qu’ils les utilisent sur la route ou sont prisés des acheteurs qui cherchent à l’acquérir. Tout en sachant aussi que les modèles qui ont suivi (Mégane II et Espace IV) ont eu une réputation assez décriée pour les premiers modèles). Dans la mesure où leur fiabilité est au rendez-vous, cela expliquerait le fait que les véhicules d’ancienne génération s’échangent couramment sur le marché de l’occasion, limitant de fait leur disparition.

 

S’agissant des deux périodes de comparaison, d’une part les années 2006 et 2007 et d’autre part les années 2013 et 2014. Ce sont les R9/11 qui ont connu la plus forte sortie du parc avec -85,6%) l’une des plus fortes baisse de tous les véhicules recensés ici, quasiment au même niveau que la Citroën BX (-85,4%). De même pour les R25 (84,8%). Ceci confirme que les berlines haut de gamme tendent à être plus rapidement démodées par les prestations des nouveaux modèles et l’ « image sociale » dégradée que donne une vieille berline au fil des années et des nouveaux modèles commercialisés. La Safrane pourrait bien connaître elle aussi une disparition rapide, la moitié du parc a désormais disparu durant la période étudiée (-62,3%), ce qui représente un rythme important pour un véhicule pourtant fabriqué jusqu’en 2002 !

 

Toujours sur la période considérée, la R21 a subi une forte baisse, de l’ordre de -81,4%, de même que les Super Cinq -77,8% et la R19 -77,5%. Plus de la moitié du parc de Clio I a disparu (-62,9%). Plus ancienne que les autres, même si elle est largement considérée aujourd’hui comme pièce de collection, la célèbre R4 enregistre tout de même une baisse de (-57,4%). Depuis 2006, un intérêt croissant lui a été porté et a permis de limiter sa sortie massive du parc d’automobiles en circulation pour aller on ne sait où… Peut-être stockées pour une remise en état et revenir sur les routes ?

 

 

Quelques perspectives autour du bilan des véhicules français :

 

On constate que pour l’ensemble des véhicules français abordés dans ce bilan statistique, le rythme de disparition des véhicules atteint -14,1%, ce qui correspond à un acrroissement d’un rythme par rapport à l’an passé (-10,4% en 2013). Cela est principalement lié à l’effet de la Renault Mégane I avec une baisse de 61,1% (contre -6,7% précédemment). En effet, lorsque l’on regarde l’évolution du rythme de disparition des 26 véhicules observés, on remarque que la majeure partie (17) réduit son rythme de disparition, 6 autres enregistrent une stagnation, et seuls trois modèles accélèrent leur rythme de disparition (406, Laguna I, Mégane I).

 

Dans ce bilan statistique, il convient de bien distinguer les véhicules sortis dans la décennie 1980 de ceux de la décennie 1990. Le rythme de disparition est clairement marqué (hormis la 4L) par la décennie de lancement du  véhicule. Il y a donc un « effet génération » du véhicule. Les différences en termes de sorties du parc entre une Xantia et une BX vont du simple au double. La raison en est qu’un véhicule est un bien de consommation qui vieillit au cours du temps et de son utilisation. La dimension temporelle pour un véhicule est cruciale dans sa « carrière » dans le parc automobile.

 

On en vient à s’interroger sur la pertinence dans la présente étude à faire figurer dans ce bilan la Renault Mégane I, Espace III, Laguna I et Citroën Saxo qui sont quasiment de la seconde moitié de la décennie 1990. Leur présence (notamment leur mouvement sur le marché de l’occasion) peut interférer sur le décompte des sorties du parc. Peut-être l’opportunité de réaliser le bilan par décennie.

 

Le bilan pour les autres véhicules ne tardera pas à suivre…

 

 


[2] OTC, Rapport d’activité annuel du contrôle technique périodique des véhicules automobiles 2014, Janvier 2015, p.3. http://www.utac-otc.com/Upload/bilan/2014/VL/document_integral_VL.pdf

[3] Le défaut de contrôle technique est une infraction au code de la route sanctionnée par une contravention de 4ème classe, soit une amende forfaitaire de 90 euros à régler sous 3 jours ou 135 euros sous 15 jours. Le véhicule pouvant être immobilisé par les forces de l’ordre et pouvant être mis à la fourrière.

http://www.economie.gouv.fr/dgccrf/Vehicule-automobile-controle-tec...

[5] OTC, op. cit., 2015, p.3.

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Published by Emmanuel Pagès - dans bilan véhicules 1980 1990 disparition
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commentaires

Car Rental Ltd 16/02/2017 12:58

Merci pour ce joli partage !

Fiat versailles 12/09/2016 10:22

Très bon article, merci pour les informations

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