Profil

  • : Emmanuel Pagès
  • auto-et-sociologie
  • : Homme
  • : France Toulouse
  • : Titulaire d'un doctorat de sociologie obtenu à l'Université de Toulouse II- Le Mirail. Mes thèmes d'études portent sur la conduite automobile et les usages des TIC

Présentation

Mercredi 23 septembre 2009
Après avoir précédemment souligné l’attachement à la mobilité automobile et le rapport symbolique entretenu avec l’objet automobile, nous abordons maintenant une dimension non négligeable en conduite automobile qui met en balance le plaisir dans l’action et le risque qui découle de cette activité.

 

C’est dans la conduite même de l'engin automobile que naît une émotion singulière : à savoir « ce pouvoir magique de moduler le temps par la maîtrise de la vitesse individuelle [qui] est accordé par tous à la voiture et à elle seule aussi fortement »1. En effet, au volant d’une voiture le conducteur est son propre pourvoyeur de transport, c’est donc lui qui insuffle à l’engin l’allure et orchestre les différentes sous tâches. Cette notion de maîtrise constitue un fondamental dans l’activité de conduite en ce que « maîtriser sa voiture et se maîtriser font partie des plaisirs de la conduite »2, ce qui dans le registre symbolique signe le prolongement du conducteur avec son véhicule en formant une boucle. Dès lors, et sans que cela se traduise exclusivement en termes de vélocité, la maîtrise individuelle de la vitesse en voiture recouvre un large spectre de pratiques comme négocier les courbures de la route, procéder aux changements de vitesse, voir défiler le paysage, qui sont tous autant de plaisirs dans la conduite.

 

Concernant plus spécifiquement la vitesse, alors que celle-ci compte parmi les causes majeures d’accident, elle est une composante centrale de la conduite automobile et constitue l’un de ses plaisirs, peut-être justement parce que le jeu avec le risque est un plaisir et relève d'une dimension symbolique et plus encore identitaire. Dans les sociétés occidentales où la rationalisation des conduites est rampante avec la sécurité comme maître mot, D. Le Breton constate que les sociétés ont un « goût du risque et de l'aventure »3, ce qui pourrait sembler paradoxal si ce n’était une façon d’échapper au conformisme et à une vie entièrement sécurisée. Aussi, pour P. Peretti-Watel, les prises de risques sont « des occasions d'affirmer des qualités, des capacités qui ne sont plus cultivées dans d’autres circonstances »4, c’est pour cela que dans certains groupes les prises de risques sont valorisées.

 

Dans une pratique aussi banale et quotidienne que la conduite automobile, la recherche du « Rien »5 évoquée par M. Pervanchon ou appelée « conquête de l'inutile »6 par D. Le Breton, au-delà de leur apparente gratuité, se révèle une démarche chargée de valeur personnelle. Ces quêtes visent « à assurer pour soi une signification à son existence »7, autrement dit à assurer la plénitude de l’individu et le sentiment d’exister. Pour P. Baudry, les prises de risques expriment « le refus d’une existence tout entière programmée, contrôlée, qui se manifeste dans la résistance à la sécurité »8. C’est alors une façon de se démarquer et d’échapper au nivellement des pratiques et du contrôle social exercé par les règles du système routier. Les comportements au volant ont donc une valeur symbolique et sont une façon de marquer sa différence par rapport aux autres par un choix personnel : en s'inscrivant dans la sécurité ou dans le risque, le conducteur se positionne dans le champ social. (Nous reviendrons sur la gestion des risques en relation avec les trajectoires identitaires dans le point I.A.4.).

 

Les risques en conduite automobile sont bien souvent connus des automobilistes mais ils sont tempérés par la banalité de leur exposition lorsque les automobilistes utilisent leur véhicule, si bien que l’activité de conduite peut devenir source de plaisir jouant sur les situations et l’objet automobile. Ainsi la conduite automobile possède une dimension ludique au sens où le conçoit J. Huizinga quand il propose une définition du ludisme et affirmant que « ce peut être une occupation sérieuse qui dégénère en jeu mais continue d'être estimée sérieuse »9. Pourtant le ludisme « ne s'affirme rarement en tant que tel » 10 dans les pratiques, il s’insère dans les gestes quotidiens de ceux et de celles qui pratiquent cette activité, et sont presque invisibles aux yeux de l’observateur. L’ambiguïté plaisir-risque renvoie au domaine de l’émotion, en ce qu’elle est une jouissance du moment présent, sans se projeter dans les conséquences des actes.

 

N’oublions pas aussi que le risque n'est pas évalué de façon similaire par les experts et par les profanes selon le type d’événement considéré. A propos des risques individuels (loisirs, sports, etc.), les experts « stigmatisent une certaine insouciance, une sous estimation des risques, voire des prises de risques délibérées »11 des individus. A l’inverse, pour les risques collectifs (liés aux industries), les experts déplorent une surestimation des risques par les individus. Ainsi la conduite automobile, qui est une affaire de gestion personnelle des risques, n’est pas considérée par les individus comme une activité à risques alors que les experts pointent sa complexité et les conséquences à un niveau collectif des comportements à risques (accidents impliquant d’autres usagers). S’agissant des prises de risques au volant, P. Peretti-Watel avance que les individus « sont plus à l’aise au volant de leur voiture qu’à bord d’un avion, parce qu’ils ont la sensation de mieux contrôler la situation »12. En maîtrisant l’engin automobile, les individus maîtrisent ainsi leur existence en étant acteurs du cours d’action. La conduite automobile met l’individu en position d’avoir son destin en main, ce que l’on délaisse en montant à bord d’un avion ou d’un train.

 

Différentes disciplines ont traité la conduite automobile en relation avec les prises de risques tant en sociologie (le rapport au groupe, le rapport à la règle) qu’en psychologie (mécanismes d’évaluation des risques)13. Aussi, à partir des éléments que nous avons rappelé ici, notre approche du conducteur rejoint celle de D. Le Breton pour qui la stratégie basée sur la rationalité dans l’évaluation des risques « s'efface devant le plaisir pris à l'action, la valeur qu'on lui accorde, la présence des autres à ce moment, l'ambivalence de l'individu, sa recherche de la transgression, son indifférence, son sentiment d'être le plus fort »14. C’est donc une approche située de la conduite automobile prenant en considération le cours d’action ainsi que la symbolique portée à l’activité.

 

 

Références:

 

1 PERVANCHON, op. cit., 1999, p.13.

2 Ibid., p.52.

3 LE BRETON, « Passions du risques », 1991, p.10. Cf. les expéditions lointaines, les sports extrêmes ou plus ordinaires.

4 PERETTI-WATEL, « Sociologie du risque », 2001, p.124.

5 PERVANCHON, op. cit., 1999, p.262.

6 LE BRETON, op.cit., 1991, p.155.

7 PERVANCHON, op. cit., 1999, p.155.

8 BAUDRY, « Une sociologie du tragique », 1986, p.81.

9 HUIZINGA, « Homo ludens, essai sur la fonction sociale du jeu », 1951.

10 MAFFESOLI, « La conquête du présent, Pour une sociologie de la vie quotidienne », 1979.

11 PERETTI-WATEL, op. cit., 2001, p.72. Citant A. Teuber.

12 Ibid., p.72.

13 On pense aux travaux de M. Esterle-Hedibel, C. Perez-Diaz, J.P. Assailly. etc.

14 LE BRETON, op.cit., 1991, p.182.

Par Emmanuel Pagès
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Lundi 31 août 2009


La conduite automobile est aujourd’hui un moyen de transport usuel pour une grande partie des populations. En tant qu’activité humaine, la conduite automobile engendre différents problèmes pour lesquels les chercheurs sont mandatés pour essayer d’apporter des éléments de compréhension et des solutions en étudiant les pratiques des individus à partir de leur champ de connaissances. La conduite automobile a fait majoritairement l’objet de recherches menées en sciences de l’ingénieur, en ergonomie et en psychologie. Pourtant elle reste une thématique mineure en sociologie, délaissée comme objet d’étude « alors qu’elle représente par excellence les transformations profondes des modes de vie au XXè siècle »1, ce qui devrait au contraire éveiller la curiosité du sociologue. Avec l’arrivée des nouveaux systèmes embarqués dans l’automobile pour lesquels il s’agit d’examiner les modalités d’usages et leurs effets sur les mécanismes décisionnels existants, ces disciplines sont en première ligne pour mener les recherches. Dans cet article, nous essayerons de comprendre le désintérêt que la sociologie a porté à la conduite automobile.

 

Alors que les psychologues ont publié dans les années 1970 des articles sur le thème de la conduite automobile devenus des classiques, peu de sociologues se sont emparés de ce thème pour en faire un véritable programme de recherche. Au vu de la production sociologique peu nombreuse jusqu’à très récemment sur les thématiques de la conduite automobile et de ses systèmes ainsi que de la sécurité routière, on pourrait croire que l’objet de recherche automobile est « indigne ». Le sociologue Pierre Lannoy, examinant le non intérêt de l’École de Chicago pour le phénomène automobile dans les années 1920, constate que « l’investissement dont bénéficie un phénomène comme un indicateur de sa dignité »2. Aussi dans son article, l’auteur met en évidence l’échec des sociologues de l’époque à faire de cet objet d’étude un terrain de recherche proprement sociologique par un renoncement à se saisir véritablement de cette thématique, laissant une nouvelle discipline, la « science du trafic », s’en saisir.

 

Il semble qu’il ait fallu attendre que la sécurité routière soit érigée en chantier présidentiel en 2002 pour que les sociologues s’engagent sur cette voie et soient nombreux à répondre aux appels d’offres émanant de l’Etat3. Est-ce à dire que la dignité d’une thématique passe par l’existence d’appels d’offre s’adressant aux disciplines et lui conférant des financements ?

 

De son côté, Dominique Boullier, qui étudie les usages des technologies, remarque que les sociologues s’intéressent aux technologies quotidiennes lorsqu’elles deviennent « nobles et communicantes »4, c'est-à-dire lorsqu’elles font appel à du verbal, à du langage. Aussi la voiture actuelle peut-elle sembler archaïque au vu de son mode de motorisation, de l’espace qu’elle occupe et de la faible interactivité avec l’espace qui l’entoure. Bardée de nouvelles technologies et dépeinte comme « intelligente » grâce aux systèmes embarqués, la voiture est-elle enfin digne d’intérêt au point de constituer un objet de recherche noble pour le sociologue ?

 

Car il faut bien reconnaître que les problématiques de la conduite automobile ont peu intéressé les sociologues même si des auteurs ont travaillé sur le phénomène automobile et leurs travaux ont contribué à étayer notre conceptualisation. Si Roland Barthes avait décrit la symbolique de l’objet automobile dans son ouvrage « Mythologies » (1957), c’est à Luc Boltanski (1972) que l’on doit l’une des approches sociologiques de la conduite automobile les plus étayées et ce dans une optique de luttes de classes sociales. Patrick Baudry (1986) a aussi contribué à une analyse du phénomène automobile en abordant la symbolique de l’objet dans la société Moderne et la signification de l’accident. Quant à David Le Breton (1992), il a réalisé une étude approfondie de la symbolique des conduites à risques en abordant notamment les formes qu’elle revêt en conduite automobile chez les jeunes.

 

Plus récemment, certains sociologues ont fait de la conduite automobile un véritable objet de recherche sociologique. Ainsi Maryse Pervanchon (1999) aborde la voiture comme un « objet social total » en rappelant qu’un fait social total, pour Marcel Mauss, est « total si on peut l’appréhender totalement, c'est-à-dire simultanément du dehors et du dedans avec la prise en compte qu’il est à la fois nôtre et autre »5. Sous cet angle, l’automobile ouvre sur de multiples dimensions au-delà de la seule conduite de l’engin, c’est ainsi que l’auteure porte son attention sur la symbolique de l’objet et sur les différentes pratiques qui l’entourent. De son côté, Patrick Peretti-Watel (2001) propose, dans la perspective wébérienne, de considérer la conduite automobile comme une « activité sociale » qu’il s’agit de comprendre en tentant de « mettre à jour la rationalité d’un comportement » 6. Il est ainsi question pour lui de saisir dans cette activité sociale « la rationalité des comportements et des représentations au volant »7. Il propose une analyse des comportements mettant en évidence deux dimensions dans cette activité : le rapport aux autres usagers et le rapport à la règle. C’est dans cette dimension que s’inscrit le travail de Jean Marie Renouard sur les représentations des infractionnistes de la route (2000) en accordant une attention au sens que cela revêt pour ceux-ci.

 

En définitive, oui, la conduite automobile est un objet d’étude « digne » pour la sociologie. Les récentes recherches sur différents aspects de la conduite automobile se sont montrées pertinentes en éclairant les pratiques des automobilistes. Le thème représente un véritable sujet de recherche pour le sociologue tant dans la construction de théories sociologiques que dans la mise en œuvre de méthodologies pour aborder ce thème. De plus, la réflexion sociologique répond aux demandes des financeurs (Etat, collectivités, entreprises) en apportant une compréhension des phénomènes.

 

Aussi, l’enjeu aujourd’hui se situe surtout autour de la dignité de la thématique de l’automobile instrumentée comme objet de recherche en sociologie face à la concurrence d’autres disciplines. En effet, s’agissant de technologies automobiles, la tendance pourrait être de céder ce champ de recherche à la psychologie cognitive déjà très active sur ce thème et produisant des analyses minutieuses qui, malgré la prise en compte de la dimension située des usages, n'ont pas pris toute la mesure du poids des déterminants sociaux dans les usages des dispositifs. Si la sociologie renonçait à cette thématique, elle manquerait de reconnaître une évolution de la conduite automobile, et aurait une longueur de retard dans la compréhension des pratiques.

 

Dans cette tâche, la sociologie peut s’appuyer sur les études existantes qui ont été menées dans le cadre de l’« ethnographie cognitive ». Ces études à l’image de celles réalisées par E. Hutchins (cockpit d’avion), L. Suchman (photocopieuse), C. & M. Goodwin (gestion des bagages dans un aéroport), B. Conein (disposition des ustensiles de cuisine) ont su aborder des activités équipées souvent délaissées en donnant des descriptions fines et enrichissant le cadre théorique. En effet, l’ethnographie cognitive permet de saisir le phénomène de l’action instrumentée en proposant une méthodologie ad hoc permettant de réaliser une analyse de la conduite automobile instrumentée mettant l’accent sur le caractère situé de cette activité et sur le caractère cumulatif des savoirs mis en œuvre dans l’action.

 

 

Références:

 

1 BOULLIER, « Modes d’emploi : traduction et réinvention des techniques », 1992 a, p.239.

2 LANNOY, « L'automobile comme objet de recherche, Chicago, 1915-1940 », 2003, p.500.

3 Dans le GO3 du PREDIT 3, on a pu voir des chercheurs se saisir de problématiques de la sécurité routière à partir de leurs propres problématiques de recherches mais la sécurité routière n’est pas leur axe de recherche spécifique. Voir GARIN-FERRAZ, Annuaire des recherches du PREDIT GO3, 2007.

4 BOULLIER, op. cit., 1992, p.239.

5 PERVANCHON, «Conduire et se conduire» , 1999, p.259.

6 PERETTI-WATEL, « La conduite automobile : un objet de recherche sociologique », 2001, p.392.

7 Ibid., p.392.

Par Emmanuel Pagès
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Mardi 28 juillet 2009

La symbolique de l'automobile n'échappe à personne, surtout pas à ceux qui l'utilisent tous les jours. C'est dans la relation entre le conducteur et l'automobile que celle-ci prend vie et devient voiture. La portée symbolique de cet objet peut s'appréhender autour de deux pôles que sont l'aspect identitaire et l'aspect émotionnel.


a) L'aspect identitaire que revêt la voiture se loge dans des éléments les plus anodins jusqu'aux plus ostentatoires. Qu'on la rejette ou qu'on l'adopte, il n'en reste pas moins qu'à ce jour « la voiture est devenue le moyen de déplacement le plus pratique, celui qui, faisant liaison entre individuel et social, assure notre intégration modulée dans la collectivité »1, rappelant ainsi qu'elle tient une place singulière dans les pratiques de mobilité au quotidien notamment en milieu rural et rurbain, comme nous l'avons rappelé dans l'article précédent. Plus encore, avoir une voiture c'est exister socialement, tant dans la mobilité qu'elle offre que par ce qu'elle représente. « Vivre sans avoir le droit reconnu de conduire une automobile, ce n'est pas être citoyen à part entière dans la société industrielle »2. Cette question est essentielle pour tous les citoyens, qu'il s'agisse des jeunes, des actifs ou des personnes âgées.


Passer le permis de conduire est devenu un rituel d'entrée dans l'âge adulte et dans la société des adultes. 60,4% des moins de 25 ans disposent d'une voiture en 2007 (contre 49,3% en 2000)3. Malgré les coûts associés à l'apprentissage puis à la possession d'une voiture, l'accès à la conduite représente un pas majeur vers l'indépendance. La voiture est un moyen de s'intégrer à la société, que cela soit pour aller sur le lieu d'étude, sur le lieu de travail, sur les lieux de socialité ou plus généralement sur les lieux de loisirs. Pourtant bien souvent encore, cette entrée dans la société est marquée par des comportements inadaptés, tant par l'inexpérience que par les enjeux de la représentation de soi au volant, qui coûtent la vie à de nombreux jeunes4. L'accident, quand il blesse, constitue un moment marquant de la biographie du conducteur, événement à l'origine d'une rupture ou situé dans une continuité de celle-ci (j'aborderai dans un autre article, la question du rapport au temps social dans la gestion de la vie quotidienne et des risques ainsi que l'accidentologie relative aux jeunes conducteurs).


Les personnes de plus de 65 ans sont de plus en plus nombreuses à posséder une voiture (73,1% en 2007 contre 61,9% en 1980)5, et ce n'est qu'entre 60 et 75 ans que les taux d'équipement baissent légèrement. On observe qu'« en vieillissant, chaque génération est restée fidèle à ses habitudes prises tôt dans la vie »6. L'explication tient au fait que cet objet est gage d'existence dans la société, la mobilité étant synonyme d'autonomie. Alors que « la démotorisation » est définie comme la réduction de l'utilisation par l'arrêt de tout usage de tout véhicule à moteur, le phénomène de « déprise » est un moment de « réorganisation de la vie par des stratégies de compensations à certains effets du vieillissement » 7 dans l'usage de l'automobile face à la dépendance fonctionnelle et à la diminution de l'autonomie. L'enjeu est de toute importance car la pratique automobile structure « les emplois du temps, la socialité et une forme de maintien en santé et en estime de soi »8.


Aussi, lorsque l'idée d'une visite médicale fut avancée en 2003 pour les conducteurs à partir de 75 ans dans le cadre du plan de lutte contre l'insécurité routière9 avec à la clé une possible interdiction de conduire en cas de déficiences, cette mesure fut très mal accueillie par les conducteurs âgés. Compte tenu que les personnes âgées de plus de 65ans représentent 902 victimes par million d'habitants (sources ONISR, 2008, p.67) comparé aux 4389 victimes par million d'habitants pour la classe des 18-24 ans, il faut bien reconnaître qu'elles restent peu impliquées dans les accidents. Cependant il faut observer que les personnes âgées lorsqu'elles sont impliquées dans un accident décèdent dans l'accident (88 tués par million d'habitant contre 184 tués par million d'habitants pour les 18-24 ans). Entre autres, cela s'explique d'un point de vue médical par la moindre résistance des corps des personnes âgées aux conséquences d'un choc lors d'un accident (fragilité des organes). Finalement, ce projet de loi fut abandonné par le Ministre Perben en juin 2005.


En quarante ans la proportion de femmes passant le permis de conduite s'est rapprochée de celle des hommes. Si les femmes ne représentaient que 21% des détentrices de permis de conduire à la fin des années 60, elles sont autour de 70% à le détenir en 2000 contre 90% des hommes10. Ce qui témoigne de leur accession à une place à part entière dans la société, tout en les inscrivant dans la société de consommation. Ainsi, les constructeurs prennent en considération dans la conception et dans la communication11 sachant qu'en 2007, 41% des véhicules ont comme utilisateur principal une femme12.


Dans une analyse du phénomène automobile des années 1970, adoptant une optique de classes sociales, L. Boltanski fait état de rapports de forces sur la route à l'image des rapports sociaux de classes. Il relève que « sur la route, les relations sociales entre agents s'établissent surtout sur le mode de la concurrence »13 ce qui se traduit par des « conflits symboliques » entre véhicules. En effet, selon lui on peut opérer un « repérage social » de l'individu à partir de sa voiture et de ses caractéristiques. Ce que partage aussi M. Pervanchon pour qui « la lecture du statut social que la voiture propose, 'signe extérieur de richesse comme les habits, l'habitation', fait aussi partie de sa qualification d'objet moderne »14, ce que le téléphone portable vient aujourd'hui lui disputer, au point de s'y substituer notamment chez les jeunes. La commercialisation de véhicules à « bas coût » privilégiant la fonctionnalité s'attaque à cette symbolique et à l'investissement statutaire de la voiture, et nul n'était certain au départ de l'engouement pour ces véhicules.


b) Si elle reflète le statut social de son possesseur, la voiture est aussi un objet avec lequel on entretient un rapport affectif, la voiture faisant souvent l'objet de soigneuses attentions. Pour M. Pervanchon, « nous sommes indéniablement notre voiture »15. Aussi est-il fréquent que la voiture s'exprime par notre bouche et que l'on entende dire : « j'ai fait du 130 à l'heure », « j'ai crevé », « je suis en panne », « j'ai déjà 50.000 km ». C'est cette proximité qui est à l'origine d'un sentiment de « faire-corps » singulier ne serait-ce que parce que « la voiture est le seul objet qui nous absorbe entièrement et qu'on manipule de l'intérieur à notre gré »16. Nous sommes « une voiture-corps » dans la mesure où le conducteur fait corps avec sa machine en s'installant à bord (et que dire du pilote de formule 1 dans ce qui lui sert d'habitacle dans son bolide). Cette notion suggère alors un lien intime, expliquant alors l'origine de tant d'attentions envers cet objet, telle une seconde peau que l'on revêt. C'est ainsi que l'on peut comprendre le fait de laver sa voiture et de la bichonner comme une façon de prendre soin de soi et par extension de son image et de son rayonnement. Le rapport à l'objet et à son usage s'ancre ainsi pleinement dans le domaine de l'émotion. En ayant une voiture propre, le conducteur aura l'impression qu'il conduit mieux. Cette proximité pousse les possesseurs à lui donner un statut aussi particulier, la personnifiant : « d'objet elle devient sujet, c'est 'elle' l'actrice et moi, nous qui en sommes le complément direct d'objet, indissolublement liés à elle, en elle »17. Celle-ci fait alors preuve de « caractère » : « elle n'accélère pas », « elle monte à 190 km/h », « elle chauffe ».


C'est dans cette perspective du « faire-corps » que L. Boltanski voit la voiture dans le prolongement des conflits de classes sociales en ce que « la voiture relaie le corps parce qu'elle l'incorpore »18. La possession d'une voiture permet à l'individu de se positionner dans le champ social ; dès lors on comprend mieux la difficile percée de la location de véhicule. C'est un véhicule dénué d'affects, à faible considération. Pourtant d'un point de vue économique et en tant que simple moyen de locomotion, louer une voiture est bien plus avantageux, notamment dans les grandes villes19. Cependant comme la symbolique baigne fortement notre rapport à cet objet, sa possession est, pour l'heure, privilégiée.


En comparaison avec les autres moyens de transports, la voiture a la particularité de donner « cette sensation d'un ailleurs traversé en sécurité »20, elle offre donc un espace privé en pleine sphère publique : « un petit chez soi du dehors ». En effet, en montant à bord de sa voiture, le conducteur est déjà un peu chez lui. Malgré l'ouverture qu'offrent les surfaces vitrées, sa carrosserie suffit à établir une distance suffisante avec les autres usagers. Cela permet de se retrouver dans un univers familier qui permet de réaliser autant de pratiques personnelles21. Les conducteurs ont beau être au milieu des embouteillages, la voiture leur donne un espace privatif, en même temps qu'ils participent à un événement, situation qui est jugée plus confortable que les transports en commun ! N. Dubois inscrivant sa thèse dans une perspective similaire fait la démonstration de l'automobile vécue comme un « autre chez soi ». Selon lui, « l'évolution des valeurs automobiles a contribué à déplacer l'investissement de l'extérieur vers l'intérieur des voitures, lui conférant ainsi un statut d'espace plus que d'objet »22.

 

 

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Références:

 

1 PERVANCHON, « Du monde de la voiture au monde social », 1999, p.26.

2 FRIEDMANN, « La puissance et la sagesse », 1970, p.63.

3 CCFA, « Analyse statistique année 2007 », 2008, p.36.

4 En 2003, les 15-24 ans représentaient 27% des tués des véhicules de tourisme alors qu'ils ne représentent que 13% de la population nationale, soit un facteur de risque 2 fois plus fort que la moyenne. ONISR, « La sécurité routière en France », 2004, p.67.

5 CCFA, op. cit, 2008, p.36.

6 BODIER, « La voiture : une habitude qui se prend jeune », 1996.

7 DRULHE, PERVANCHON, « Vieillir et conduire : usages et représentations », 2002, p.6.

8 Ibid., p.15.

9 AFP, 10/07/2003, « Les candidats au permis de conduire et les plus de 75 ans devront passer une visite médicale ».

10 DSCR, « Gisements de sécurité routière », 2002, p.28.

11 Les femmes considèrent en premier le prix, la marque, la consommation. La puissance est le dernier critère d'achat.

12 CCFA, op. cit., p.36.

13 BOLTANSKI, « Les usages sociaux de l'automobile », 1975, p.29.

14 PERVANCHON, op. cit., 1999, p.27.

15 Ibid., p.107.

16 Ibid., p.62.

17 Ibid., p.47.

18 BOLTANSKI, op. cit., 1975, p.33.

19 Le Monde, 1.11.06. Pour un usage inférieur à 100 jours par an, il est plus intéressant financièrement de louer une voiture. Seuls 6% des français en louent une chaque année, en augmentation malgré des tarifs de locations plus élevés qu'ailleurs en Europe. Il y a trois profils de clients : les rationnels, les précurseurs de tendances et les écolos. Le maillage des agences dans les villes est un aspect essentiel pour soutenir cette pratique. Noter que l'on dira « louer une voiture » plutôt que « louer sa voiture », une voiture de location est impersonnelle.

20 PERVANCHON, op. cit., 1999, p.15.

21 PERVANCHON, « Apprendre à conduire, apprendre à se conduire », 2005. Par exemple écouter la musique, chanter, téléphoner, manger, fumer, etc.

22 DUBOIS, « L'automobile : un espace vécu comme un autre chez soi », 2004, p.264.

Par Emmanuel Pagès
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Mardi 23 juin 2009

I.A. Qu’est-ce qu’une voiture ?


 

D’objet ludique réservé aux classes aisées dans les années 1900, l’automobile, plus communément appelée voiturei, devint rapidement un objet de consommation de masse. Pendant des années, et aujourd’hui encore, les paysages ont été façonnés pour permettre son développement et elle s’est imposée comme moyen de transport privilégié et figure désormais au cœur de la mobilité quotidienne des populations par la liberté de déplacement qu’elle offre. C’est aussi l’un des objets les plus investis symboliquement, et le fait qu’il s’agisse d’un objet qui nous enveloppe pendant que nous le manipulons n’y est pas étranger. La voiture a beau représenter un poste de dépenses important pour les ménages et faire l’objet d’un contrôle accru, elle reste un objet ancré dans le quotidien. Objet avec lequel on entretient un rapport affectif, la voiture fait souvent l’objet d’attentions, elle reflète le statut social de son possesseur. Si elle est au cœur des sociétés Modernes constituant un lieu de bien-être et un objet de plaisir, manifestation de l’individualisme, la voiture constitue aussi un mal, symbole de pollution, d’embouteillages et d’hécatombe routière depuis les années 1960. Pour comprendre ce qu’est une automobile, il est nécessaire de regarder les fonctions que celle-ci revêt dans nos sociétés modernes et qui la font devenir voiture. Pour ce faire, nous en évoquerons trois aspects : la mobilité, la symbolique de l’objet, et l’ambiguïté plaisir-risque.




I.A.1. La conduite automobile : une pratique insérée dans une mobilité quotidienne.

Le « tourisme automobile »ii a constitué l’une des premières utilisations de l’automobile. Il s’agissait alors de prendre l’automobile et de partir à la découverte de paysages de campagne et des villages éloignés en empruntant des itinéraires au cadre somptueux. C’est de cette époque que l’automobile tire son exceptionnelle particularité. Le constat jadis tiré par R. Piret disant que « l’automobile, c’est avant tout fait pour aller où l’on veut et quand on le veut »iii reste aujourd’hui encore la principale motivation à la motorisation en étant synonyme de mobilité, de facilité de vie au quotidien et de libertéiv. Pour une grande partie de la population, l’automobile présente plus d’avantages que d’inconvénients. Dans notre société, elle s’impose en termes de gain de temps dans les déplacements, de facilité pour faire les courses et de confort de déplacement. Son principal intérêt repose sur l’absence de rupture de charge, problème bien connu dans les transports en commun impliquant des changements de mode de transport pour effectuer un trajet, problème auquel entendait répondre le projet Aramis, « mélange de voiture et de transport en commun »v.


Les mutations de l’habitat n’ont fait qu’amplifier le phénomène automobile ces dernières années, à moins que ce ne soit l’inverse. Compte tenu d’un marché de l’immobilier et du foncier aux prix élevés mais aussi en raison d’une démocratisation de l’automobile portée par un carburant à faible coût, les classes moyennes se sont tournées vers des logements éloignés des grandes villes. L’exode urbain a donné lieu au phénomène de péri-urbanisation sans qu’aucune politique de transports n’accompagne ce mouvement faisant que les pratiques de mobilité privilégient toujours l’automobile au détriment des transports collectifsvi. Si les ménages habitant dans les communes rurales restent les plus équipés (92,4% en 2005), proportion qui a crû fortement entre 1980 et 1995, la part des foyers équipés décroît à mesure que la taille de l’agglomération croît, seuls 61,5% des ménages de l’agglomération parisienne en possèdent une. La bi motorisation a conquis une part croissante des ménages, atteignant 29,4% des ménages en 2005 en raison de la péri-urbanisation, du travail féminin et de l’équipement des enfants adultes des ménages.


Ainsi une enquête portant sur la dépendance à la voiture montre que celle-ci s’impose comme le mode de transport dominant chez les actifs dans les agglomérations de plus de 30.000 habitants. La place accordée à la voiture croît avec l’âge, notamment entre 25 et 34 ans. La dépendance à la voiture, qui concerne 70% des individus, est notamment très présente chez les jeunes, les actifs et les habitants de banlieuevii. Le constat de J. Ellul selon lequel « l’autonomie prétendue débouche très vite sur la dépendance toujours croissante envers les exigences de la voiture elle-même »viii se révèle aujourd’hui d’une cruelle réalité en raison de l’augmentation du coût des carburants et des frais liés à sa possession (assurance, entretien).


En 2005, le kilométrage annuel moyen parcouru par les particuliers s’établissait à 13.300 kilomètres, en baisse depuis lors. Les 25-34 ans parcourent annuellement plus de distance que les plus de 65 ans (16.150 km contre 9.929 km)ix. Les raisons qui amènent ces conducteurs sur la route ne sont pas toutes les mêmes, chacun ayant ses contraintes propres. Pourtant ils sont en présence au même moment sur la route. Si les hommes et les femmes diffèrent peu dans le kilométrage annuel parcouru, respectivement 14.340 km et 12.810 km en 2002, les femmes circulent plus en ville que les hommes et moins sur autoroute.


Dressons rapidement un portait du parc automobile français en termes de caractéristiques des véhicules en se basant sur les données du CCFAx. Le parc détenu par les ménages s’est accru entre 1980 et 2005 passant de 69,3% des ménages équipés à 81,2%, avec un parc total de 31 millions de véhicules en circulation. L’âge moyen du parc n’a cessé d’augmenter, atteignant 8,2 ans en 2006 quand il était de 5,8 ans en 1980. Ce vieillissement pourrait bien freiner la diffusion des aides à la conduite et l’amélioration de la sécurité sur les routes. Précisons pour l’anecdote que l’on chiffre à 15% le taux d’occupation d’un véhicule par rapport à son temps d’existencexi. La voiture s’érige alors en objet symbole de la société de consommation. La répartition du parc selon la puissance fiscale montre que la structure du parc de véhicules s’est modifiée en vingt cinq ansxii à mesure que les véhicules de faibles cylindrées ont disparu et que la puissance des véhicules a augmenté (petites cylindrées 4-5 CV) faisant que la vélocité n’est plus l’apanage des grosses cylindrées. A ce sujet, remarquons l’existence d’une corrélation significative entre la puissance et la fréquence d’implication dans un accident, en effet les véhicules les plus puissants sont plus souvent impliqués dans les accidentsxiii.



Références:

i Il faut relever que les deux termes ont un emploi distinct dans la langue française. Alain Rey, de l’Académie Française, rappelait sur les ondes de France Info que « la voiture » s’emploie dans le langage courant se rapprochant de la « bagnole » tandis que le terme « automobile » s’emploie dans le langage technique, ayant à voir avec « véhicule ». Ceci nous fait dire que le premier renvoie plus à la sphère du social, comprenant notamment l’usage social, quand le second a trait à la sphère technique. Nous reprenons cette distinction voiture/automobile au fil des pages.

ii Marc DESPORTES, « Paysages en mouvement », 2005, p.232.

iii R. PIRET, « Psychologie de l’automobile et sécurité routière », 1952.

iv Sondage CCFA/Sofres, Auto Actualité, CCFA, janvier 2004, p.10. Ce sont ces trois notions qui arrivent en tête avec respectivement 92%, 89% et 87% des citations lorsqu’il est demandé aux individus leur perception de l’automobile. A noter que la pollution arrive en quatrième position (ex aequo avec le danger, soit 84%), constituant les premières associations négatives associées à la voiture.

v Bruno LATOUR, « Aramis ou l’amour des techniques », 1992, p.27. Dans cet ouvrage, l’auteur retrace l’épopée d’un projet technique révolutionnaire dans le domaine des transports qui, malgré une technologie ad hoc, n’a pas vu le jour faute de soutien des acteurs concernés par sa mise en service.

vi Lionel ROUGÉ, « Les ménages modestes péri-urbains », 2005.

vii « Enquête d’opinion sur la dépendance à l’automobile », Taylor/Nelson-SOFRES pour le compte du Groupement des Autorités Responsables de Transport, novembre 2001.

viii Jacques ELLUL, « Le bluff technologique », 1988, p.439

ix ONISR, « La sécurité routière en France », 2003, p.190. Données INRETS.

x CCFA, « L’industrie automobile française. Analyses statistiques », 2008.

xi Actes du colloque « L’automobile du futur », 2000, p.44. Ici Claude Brunet, PDG de Ford France. De plus, s’agissant des places occupées, on observe assez souvent que seul un occupant est présent à bord, ce qui tend à montrer que le client fait le choix d’une voiture sur la base de ses besoins maximum voire même qu’il ne prend pas en considération ses besoins mais plutôt le symbole que représente la possession d’une automobile.

xii Les véhicules de moins de 3 CV fiscaux ont disparu au profit des véhicules entre 4-5 CV dont la part a doublé. Les 6-7 CV ont connu une relative stabilité au cours du temps quand la part des véhicules de plus de 8 CV a diminué dans le temps. Cependant depuis 2003 on note une augmentation de ces derniers qui pourrait être due à la montée des véhicules tout-terrain (4x4). Depuis le Grenelle de l’environnement en 2007, les véhicules puissants sont frappés d’un malus à l’achat, ce qui tend à favoriser l’acquisition de modèles sobres ouvrant droit à un bonus. A noter qu’en 2005, la puissance moyenne des véhicules français était de 99 ch. pour un poids moyen de 1227 kg. L’Argus, mai 2006. Cet accroissement de la puissance et de la masse représente alors un danger en cas de collision pour les véhicules plus petits ainsi que pour les usagers vulnérables (piétons, cyclistes, motos).

xiii Données de la Fédération Française des Sociétés d’Assurances. Un véhicule de moins de 7 CV fiscaux a un indice de 35, contre 51 pour un 7 CV, 83 pour un 8 CV, 89 pour un 9 CV. Il serait judicieux d’interdire l’accès à des véhicules de plus de 6CV aux jeunes conducteurs du point de vue de la sécurité routière. Cité par François GENTILE, « La sécurité routière », 1994.


Par E. Pagès
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Mardi 23 juin 2009

En rappelant les caractéristiques et les particularités de l’automobile comme moyen de transport, il s’agit dans cette première partie de resituer d’abord cette activité dans la mobilité des individus ainsi que ses implications dans la société en allant au-delà de sa quotidienneté et de l’apparente banalité qu’on veut bien prêter à cette pratique. Nous évoquerons alors la symbolique qui l’entoure et la dualité du phénomène de prises de risques associé au plaisir de cette pratique. Puis nous établirons un état des lieux de la sécurité routière en examinant les différentes mesures prises pour enrayer une saignée sociale longtemps banalisée. Trois axes seront traités : l’éducation routières, la sanction des comportements et les aménagements routiers. Afin de prendre la mesure des progrès réalisés et de ceux restant à accomplir, nous relatons ensuite l'évolution des pratiques en termes de mortalité routière puis au niveau des vitesses pratiquées. Nous terminons en examinant les opinions déclarées à l’égard des attitudes envers la sécurité routière comme présageant l’adhésion des individus à cette cause.

Par E. Pagès
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